lundi 18 novembre 2013
2 spectacles (que je vous recommande chaleureusement)
Bonjour à celles et ceux qui aiment le théâtre
Bonjour à celles et ceux qui écrivent, jouent...
Bonjour aux zotres
J'ai vu Un amour de train au moins 3 fois à l'époque où la pièce s'appelait encore Train de Banlieu et je sais que je vais retourner la voir rapidement. Parmi le trio d'acteurs on retrouve David Frizman, auteur de la pièce et de quelques autres tout aussi bonnes et créateur des Rimaquoi sur France 5 mais aussi Salvatore Ingoglia qui a tourné dans moult films (signé Michel Blanc, Brian de Palma...), téléfilms, mais aussi dans une des hilarantes pubs du CIC où dans le spot de prévention tourné par Mathieu Kassoviz pour la SNCF et enjoignant les usagers à ne pas quitter le train quand il est arrêté sur la voie.
David Frizman a également revisité le Médecin malgré lui de Molière dans une mise en scène moderne et décalée, tout à fait dans l'esprit Rimaquoi, qui colle parfaitement à l'esprit de la pièce. Côté casting, on retrouve David et l'excellentissime Arnaud Maudeux (et je pèse mes mots). Je cherchais un adjectif pour qualifier le résultat et j'hésitais entre "réjouissant" et "jubilatoire", côté nom commun je dirais "réussite" !
Quelques liens
Infos pratiques et video sur le médecin malgré lui
ici
Infos pratiques et video sur un amour de train
là
mercredi 13 février 2013
Ita L. née Goldfeld (au théâtre du Petit Saint Martin)
Bravo Hélène
Merci Vincent
Bonjour aux zotres
J'ai eu le plaisir d'être invitée jeudi dernier à la troisième des 60 représentations de Ita L née Goldfeld et j'en garde un souvenir ému et admiratif.
Le sujet d'après la communication presse
Paris, le 12 décembre 1942. Ita L. née Goldfeld a une heure pour choisir : fuir ou attendre… D’Odessa à la rue du Petit Musc, elle a déjà vu tant de choses. « On est en sécurité en France » il disait Salomon…
D’après une histoire vraie, cette pièce nous emmène dans le voyage de toute une vie avec l’amour, la force de résister au malheur et la confiance en l’avenir pour bagages. Ita, femme ordinaire, va-t-elle poursuivre son chemin ? Une heure, rien qu’une heure, pour en décider…
Le sujet d'après moi
Fin 1942, 3 policiers frappent chez la frèle Ita et lui demandent de préparer un bagage léger. Ils repasseront chez elle dans une heure... Les attendra-t-elle ? Et que sait-elle exactement du sort qui l'attend si elle le fait ?
Le sujet d'après Télérama (tronqué pour cause de spoiler (d'ailleurs partiellement erroné) comme tant de fois de la part de ce journal qui semble incapable de rédiger la moindre critique ou le moindre pitch sans !) Eric Zanettacci écrit le journal fictif de son arrière-grand-mère (...) Ita L, née Goldfeld, est seule chez elle le 12 décembre 1942. Son mari est mort des suites de la guerre de 14, les enfants sont partis (...). On a vu cent fois ces images de rafle ou des récits portant sur les jours noirs de l’époque pétainiste. Mais ici, la comédienne Hélène Vincent, seule en scène, fait revivre les joies, la peur, tout un arc-en-ciel d’émotions, et le théâtre permet de rendre vivant ce que l'on croyait déjà connu.
Mon avis
Revélée en 1989 par le cultissime La vie n'est pas un long fleuve tranquille d'Etienne Chatilliez où elle campait une madame Lequesnoy plus bourgeoise que nature, Hélène Vincent campe ici une femme vieillissante et fragile, déjà maintes fois malmenée par la vie, entièrement habitée par la peur, les souvenirs et l'incompréhension face à ce monde fou de violence qui la stigmatise en tant que juive.
Le rôle est très délicat à jouer tant il est facile de basculer de l'émotion pure à la sensiblerie affectée, tant le ton juste entre pudeur douloureuse et plaintes larmoyantes est affaire de dosage subtil, d'effets contenus, tant l'alternance entre gaité nerveuse à l'évocation de souvenirs heureux et disparus et souffrance immense lié à un présent plus qu'incertain demande une maîtrise de chaque instant et une implication totale.
J'imagine aussi qu'il est aussi difficile à endosser émotionnellement, bouleversant à jouer, seule en scène face à un public attentif, tendu, admiratif, d'emblée en empathie. La critique aussi est délicate tant le sujet est sensible et implique d'emblée une compassion évidente et sans réserve face au malheur de cette femme et à l'injustice absurde et monstrueuse qui s'abat sur elle.
Hélène Vincent démontre certes une fois de plus qu'elle est une actrice formidable sachant parfaitement allier technique et émotion. Cependant, tout au long de la pièce elle semble sous tension et danse sur le fil du rasoir et, parfois, un rien à contre temps, à deux doigts de trébucher. J'ai eu l'impression, confirmée à la sortie par la personne qui m'accompagnait, qu'à certains moments, l'actrice cherchait son texte, qu'elle hésitait, marquait de trop longs silences, multipliait les "hum" et autres interjections plus ou moins volontaires de la gorge à chaque reprise de respiration, à chaque nouvelle phrase pouvant passer pour des sourires gênés liés au souvenir. Même si cela n'était pas fondamentalement gênant et fort bien camouflé par l'actrice qui accentuait le côté simple, fragile d'Ita, sa personnalité effacée, le systématisme de la chose finissait par amoindrir le naturel du personnage et la connexion qui s'installait entre elle et les spectateurs/trices (entre elle et moi tout au moins).
A un moment pendant la pièce, je me suis dit que celle-ci aurait sans problème pu être mise en scène sous forme de lecture. D'ailleurs, Hélène Vincent achève la pièce de cette façon et je me suis demandée si c'était volontaire ou non, si elle avait décidément trop de mal avec le texte ou si c'était prévu dans la mise en scène. Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé que cela collait parfaitement à l'esprit de la pièce et j'en suis encore plus convaincue maintenant que je sais (grâce au passage de Télérama reproduit plus haut) que ce témoignage a été rédigé par quelqu'un de la famille d'Ita. Il pourrait effectivement être mis en scène de A jusqu'à Z sous forme d'une lecture de journal intime. Ce que je ne savais pas, parce que je suis hélas arrivée en retard de 5 minutes à cause d'une réunion qui s'éternisait, c'est que la pièce avait également commencé sous forme de lecture... apportant un peu d'eau à mon moulin.
Infos pratiques
A partir du 5/02/13 pour 60 représentations
Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Au Petit Saint Martin
17, rue René-Boulanger 75010 Paris
Métro Strasbourg Saint Denis ou République
Site www.petitsaintmartin.com
lundi 7 janvier 2013
Invitation théâtre (pour un(e) blogueur/euse)
Bonsoir aux idolâtres du divin marquisBonjour à celles et ceux qui se souviennent de la pub "l'enfer est dans la Pléaide"
Bonjour aux zotres
J'ai reçu deux invitations pour aller voir ce spectacle au ciné théâtre 13 jeudi soir prochain (le 10/01) et je propose à un(e) blogueur/euse parisien(ne) (pour d'évidentes raisons géographiques) de m'accompagner.
C'est à 21h30 et c'est évidemment et selon la formule consacrée "destiné à un public averti". Des volontaires ?
Quelques infos issues du site Ciné XIII
De Pierre-Alain Leleu, mis en scène par Nicolas Briançon
Avec Dany Verissimo, Pierre-Alain Leleu, Michel Dussarat, Jacques Brunet
Le sujet
1784. Après six ans de prison à Vincennes, le marquis de SADE est transféré à la Bastille. Il se retrouve confronté à un coquin de geôlier, Lossinote, avec qui, et en toute mauvaise foi, il provoque, des accrochages à répétition. La première des libertés étant la liberté de tout dire, de tout imaginer, Sade s'invente une présence féminine, mélange contradictoire de fantasmes, de vertus et de perversions. Moitié Justine, moitié Juliette, cette apparition lui permettra d'alléger ses peines en prison et d'exprimer ses idées. Car des idées, il en a... et sur tout... sur le plaisir, sur la religion, les lois, la souffrance, la famille… Inquiétant, drôle et émouvant, le marquis de Sade étonne par son incroyable modernité.
" Ce n'est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur… c'est celle des autres " D.A.F. Marquis de Sade
mardi 27 novembre 2012
Que faire de Mister Sloane (j'aurais bien une idée...)
Bonjour Charlotte
Bonjour Michel
Bonjour Jean-Claude
Bonjour les zotres
La première fois que j'ai vu Gaspard Ulliel au cinéma, c'était dans Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc adapté de l'excellent livre comique Vacances anglaises de Michael Connelly. Je l'ai trouvé extraordinaire, magnifique et déjà magnétique malgré son jeune âge et j'étais convaincue qu'il ne tarderait pas à devenir une star.
Il m'est arrivé par la suite de voir certains films uniquement sur la base de son nom au générique et jamais je n'ai été déçue. Aussi, lorsque j'ai entendu que pour la première fois de sa carrière il jouait dans une pièce de théâtre, j'ai su que j'irais la voir.
Le sujetKath, la cinquantaine bien sonnée loue une chambre au jeune et ténébreux (et pour le moins attirant) Mister Sloane dont le côté visiblement canaille semble on ne peut plus émoustiller sa logeuse. Le frère de celle-ci voit cette cohabitation naissante d'un oeil d'autant plus mauvais que lui non plus n'est pas insensible au charme du mystérieux locataire. Les choses se compliquent encore quand le père de Kath rencontre Mister Sloane.
Mon avisComme d'habitude, je juge l'intérêt d'une pièce de théâtre en fonction de trois éléments :
- le texte
- la mise en scène
- le
Cela étant posé j'ai envie de de dire que dire de Que faire de Mister Sloane ? (vous suivez ?)
La pièce ne mérite ni les louanges intello-snobino-bobo de Ca balance à Paris (comme Télérama c'est un peu mon thermomètre inversé) ni les descentes en flammes que j'ai pu lire dans certaines critiques.
Le texte
J'adore écouter et lire des pièces de théâtre quand elles sont bien écrites. Je me régale de Musset, je ne me lasse pas d'Anouilh et de quelques autres. Je doute en revanche que je prendrais plaisir à me plonger dans le texte de Joe Orton (accessoirement mort assassiné par son mec). La première partie de la pièce ne présente aucun intérêt sur le plan littéraire ou psychologique et repose sur un comique de situation. La seconde partie est certaine nettement plus dense, intéressante, potentiellement dérangeante sur le fond mais pas inoubliable sur la forme. Quant à la psychologie des personnages, elle est d'une légèreté coupable de la part de l'auteur : les émotions et les intentions passent dès lors par des effets démonstratifs parfois indigestes.
La mise en scène
Cela étant posé aussi, j'ai envie d'ajouter que si le texte d'une pièce est bon, il se suffit à lui-même et on n'a pas besoin d'en faire des caisses côté mise en scène. Ceci explique peut-être pourquoi Michel Fau (qui joue aussi le frère) a justement choisi d'en faire des caisses. J'ai lu et entendu des louanges quasi unanimes sur la mise en scène résolument... hum... résolument quoi d'ailleurs... loufoque... non... provocatrice... par moments... disons résolument susceptible de choquer les âmes prudes et sensibles. Je ne les partage pas pour deux raisons.
A - Je pense que personne ici ne pensera que je dis ça parce que j'ai été choquée mais parce que je déplore la gratuité de certains attouchements vaguement graveleux entre Charlotte de Turckheim et Gaspard Ulliel qui lorgnent non pas vers la scène torride et sauvage mais vers le touche pipi de mauvais goût. On est loin d'un Tramway nommé désir... Sloane n'est pas Kowalsky et Ulliel n'est pas (encore ?) Brando.
B - La plupart du temps les acteurs sont particulièrement statiques, les déplacements rares. Ulliel ne sait pas quoi faire de son
Le jeu des acteurs
Fau, Jay et Turckheim sont excellents au petit bémol près évoqué précédemment. Quant à Gaspard Ulliel, les avis sont tranchés et, paradoxalement, parmi les 4 personnes du groupe, c'est moi qui était la plus sévère. Je maintiens qu'il est l'élément le moins convaincant, le moins fiable du casting mais je n'irais pas jusqu'à en faire le maillon faible parce que la gaucherie fait aussi partie
Ce que je retiens de la pièce
Une fois de plus, à l'inverse de mes camarades, ce que j'ai préféré dans la pièce est le traitement du personnage de Kath, une femme sur le retour pas (ou plus ?) vraiment gâtée par la nature, malmenée par la vie, par les costumes et par le texte ! En voyant Charlotte de Turckheim sur scène pendant la fin de la pièce, je me suis dit "Whaouw, faut oser mais ça doit être génial à jouer pour une actrice. J'adorerais avoir l'opportunité et surtout le cran de faire ça sur scène !!!" et c'est bien là tout le paradoxe de cette pièce : ce n'est pas lorsqu'elle tripote l'entre-jambe d'Ulliel en slip que j'ai eu envie d'être à sa place et que je me rêvais actrice mais lorsque son personnage sombre en pleine déchéance. La tension et la sincérité étaient beaucoup plus palpables que lors des scènes de tripotate du début de la pièce. Grand moment.
ConclusionUn moment globalement non dénué d'intérêt et d'attraits mais dispensable si on ne va au théâtre qu'une fois par lustre.
Si c'est plus fréquent, à voir pour le thème cruel et son traitement sans concession qui évoque parfois certaines pièces grinçantes (et/ou brillantes) si magistrales chez Anouilh... mais tant qu'à faire autant voir du Anouilh (ou le lire tant c'est bien écrit) !
Accessoirement, Gaspard est vraiment beau, Charlotte est vraiment bonne... mais entre les deux, yapa photo, je sais qui je choisirais comme locataire...
mardi 24 avril 2012
Quadrille (de Sacha Guitry)
Bonjour aux amantsBonjour aux maîtresses
Bonjour aux cocu(e)s
Bonjour aux fidèles (si ça existe ?)
Bonjour aux zotres
Lors de leurs (rares) visites à Paris mes parents apprécient d'aller au théâtre et la délicate mission de choisir la pièce ad hoc m'incombe. Il faut notamment que la pièce soit drôle sans être trop boulevardière, que le casting comprenne des acteurs connus, que la mise en scène ne soit pas trop décalée, etc.
Très peu de pièces à l'affiche correspondaient à la recherche. Je dirais même plus, seule Quadrille de Sacha Guitry (et dans une moindre mesure Pensées secrètes que j'avais déjà vu) répondait au cahier des charges.
Le sujet
Philippe est sur le point de demander la main de sa maîtresse, Paulette, une actrice de théâtre célèbre mais celle-ci succombe au charme de Carl, une vedette italo-américaine de passage à Paris qui provoque une grave crise au sein du couple. chacun de leur côté (et avec des motivations bien différentes), Philippe et Paulette se confient à Claudine, une amie journaliste.
Mon avis
Sacha Guitry est une valeur sûre des soirées théâtrales en famille. Ainsi étais-je allée voir il y a quelques années (vers 2006), avec mes parents aussi, le très bon Nouveau testament avec Jean-Pierre Marielle et Françoise Fabian, déjà fort classiquement mis en scène par Bernard Murat. Forcément, les comparaisons s'imposent et la première qui me vient à l'esprit est que le texte de Quadrille est moins spirtituel et percutant et que l'intrigue est plus ténue. La fin est un peu expédiée à la façon d'une pièce de Molière.
Il n'en reste pas moins que si le cocufiage est au coeur du débat, on n'est pas trompé(e) sur la marchandise et que l'on voit exactement ce que l'on est venu chercher : du rire, de l'acidité, des réflexions misogynes, des considérations sur la fatalité et les malheurs de l'adultère, les plus grands étant, selon Guitry, premièrement qu'un autre soit informé de son infortune avant soi, deuxièmement qu'un autre sache de quoi l'on se contente !
La mise en scène est on ne peut plus classique, les costumes changeants et les décors plutôt beaux et bourgeois offrent un bel écrin au casting de rêve réuni pour la pièce.
François Berléand est grandiose jusque dans la précision de gestuelle et l'expressivité de ses silences.
Florence Pernel pétille. Elle campe un personnage libre et, à bien y réfléchir, plutôt progressiste voire féministe.
Pascale Arbillot est parfaite en femme torturée par la passion, écartelée entre ses sens et sa raison, empêtrée entre les principes de la morale bourgeoise et ses désirs de femme. C'est elle le véritable ressort comique de la pièce.
Enfin, last but not least, on ne pouvait rêver meilleur choix que celui du sublissime François Vincentilli pour le rôle de Carl tant il incarne un séducteur malgré lui plus vrai que nature, tout en finesse. Son léger accent italien volontairement surjoué lui permet de conserver une distance vis à vis du personnage et, subtil et paradoxal équilibre, lui confère un je-ne-sais quoi de ridicule tout en lui donnant, si c'est possible, encore plus de charme.
A chacun de ses (nombreux) sourires, je m'enfonçais de quelques centimètres dans mon siège en songeant que si les deux actrices auraient pu intervertir leurs rôles, ça n'aurait pas été possible pour les acteurs ! et que j'aurais bien aimé être à la place de Pascale Arbillot, notamment lors d'une scène d'anthologie où celle-ci à bien du mal à garder ses esprits lors d'une délicate discussion téléphonique... C'est indiscutablement le moment clef de la pièce et pas simplement pour le texte !
On est finalement assez loin des stéréotypes misogynes que l'on prête à Guitry et si le personnage de Philippe se plaind des femmes, c'est qu'il est victime de leur liberté d'action et de parole plutôt que de leurs prétendus défauts. Paulette et Claudine sont juste en avance sur leur temps et leurs comportements respectifs ne donneraient pas matière à une pièce de nos jours. Paradoxalement, c'est peut-être la modernité de ses héroïnes qui permet de relativiser celle que l'on prête à mon avis un peu abusivement à Sacha Guitry.
Quelques citations
Il ne faut jamais aller au devant des choses qu'on redoute.
Quand on a vingt ans de plus qu'une femme, c'est elle qui vous épouse.
Quels ravages un être peut causer par la seule force de sa séduction.
Une femme ne quitte en général un homme que pour un autre homme tandis qu'un homme peut très bien quitter une femme à cause d'elle.
Informations pratiques
Quadrille de Sacha Guitry
Mise en scène de Bernard Murat avec François Berléand, Florence Pernel, Pascale Arbillot et François Vincentelli.
Théâtre Edouard VII. 10, Place Edouard VII
75009 Paris - Métro Opéra
Du mardi au samedi à 21h
Le samedi à 17h30 et le dimanche à 15H30
Quelques liensCulturebox
Au féminin.com
Very beautiful Indeed
Fous de théâtre
Conclusion
Du Guitry pur jus servi par un casting excellent !
mercredi 29 février 2012
Pensées secrètes (la pièce de David Lodge)
Bonjour à celles et ceux qui disent tout haut ce qu'ils/elles pensent tout basBonjour à celles et ceux qui préfèrent garder tout ça secret
Bonjour et merci à Maëlis
Bonjour aux zotres
Je remercie très sincèrement Maëlis et le théâtre Montparnasse pour l'excellente soirée que j'ai une fois de plus passée dans ce théâtre où j'avais déjà admiré Geneviève Casile magistrale et seule en scène dans l'Allée du Roi et Barbara Schulz prêtant ses traits à Sabina Spielrein, patiente et maîtresse de Jung dans la pièce Parole et Guérison.
J'étais plus sceptique à l'idée de voir Pensées secrètes, pièce de David Lodge adaptée d'un de ses romans et, heureusement, j'avais tort.
Le sujet
Selon moi : Il enregistre ses pensées secrètes sur un dictaphone, elle note les siennes dans un journal intime. Etaient-ils faits pour les échanger et plus si affinités ?
Le pitch du théâtre : Dans le cadre « so british » de l’université de Cheltenham, Ralph Messenger (Samuel Labarthe), spécialiste de l'Intelligence Artificielle et des sciences cognitives, et Helen Reed (Isabelle Carré), romancière fragilisée par son récent veuvage, s’engagent dans le jeu complexe de la séduction.
Mon avis
J'ai déjà eu le plaisir d'applaudir Isabelle Carré sur scène en 2000 lors de l'émouvante dernière de la pièce Résonances où elle jouait en compagnie de Serge Hazanavicius, Irène Jacob, Jérôme Kircher et Thierry Bosc. L'idée de la revoir sur scène a été l'argument unique et décisif pour aller voir Pensées secrètes. Je ne savais même pas qui lui donnait la réplique (pardon Samuel Labarthe) et je n'aime pas les romans de David Lodge. Si je devais résumer en un seul mot mon opinion sur ceux que j'ai lus à ce jour (4) : ce serait "distrayant", "sympathique", "insupportable", "détestable". C'est dire.
Avant le lever de rideau, l'amie qui m'accompagnait m'a fait remarquer que nous n'avions jamais les mêmes goûts sur le plan culturel et que si nous aimions toutes les deux cette pièce, cela tiendrait du miracle et que, vraiment, tout le monde était susceptible d'aimer. Eh bien le miracle a doublement eu lieu : j'ai aimé du Lodge et ma voisine et amie aussi. En outre, nous avions quasiment avec la même analyse à la sortie. Je vais tenter de vous la livrer...
J'ai eu un peu de mal à entrer dans la pièce au départ, sans doute à cause de mes a priori défavorables envers l'auteur (voir ci-dessus) mais aussi, et surtout, en raison de la silhouette juvénile et du look passe partout d'Isabelle Carré qui ne permettent pas de l'envisager d'emblée comme parfaitement crédible dans le rôle. Samuel Labarthe est en revanche plus vrai que nature et c'est finalement la qualité des échanges entre les deux acteurs et leur complicité sur scène qui permet de croire au personnage féminin.
Cet obstacle franchi, il convient de reconnaître que le texte est intéressant, souvent drôle et parfois brillant, que les situations sont justes et que le principe d'identification fonctionne parfaitement dans certaines attitudes ou scènes.
J'ai été agréablement surprise par les tirades laïques et rationnelles du personnage de Ralph finalement plus profond et complexe que le personnage d'Helen, par ce mélange de fragilité sincère et de mufflerie casanovesque non dénuée d'une certaine forme de candeur voire de tendresse. Il est insupportablement touchant, terriblement masculin, terriblement humain.
Cette humanité transpire d'ailleurs du début à la fin de la pièce et au delà des joutes verbales et des échanges d'idées parfois un brin convenus sans jamais tomber dans la platitude, c'est bien d'un homme et d'une femme dont il est question, de leurs désirs, de leurs doutes, de leurs peurs, de leurs fêlures. C'est ce qui rend ce duo attachant au delà de la performance des acteurs et qui fait de ce spectacle un moment de partage non dénué d'émotion vorie d'une certaine sensualité toute en finesse et en suggestion.
Un autre point fort de la pièce réside dans une mise en scène inventive sans être envahissante. Elle sert vraiment le texte et l'action sans jamais voler la vedette aux mots de l'auteurs et aux attitudes des acteurs.
Infos pratiques
Théâtre du Montparnasse (rue de la Gaité) à 20h30. Tous les renseignements sur les jours de relâche, les matinées, etc. sur le site internet du théâtre.
ConclusionUne très bonne pièce, de grands acteurs, un excellent moment de théâtre.
samedi 11 juin 2011
Jeu idiot (de juin)
Bonjour aux zapprenti(e)s comédien(ne)sBonjour aux zotres
Je vous propose de gagner deux places pour Comédien mode d'emploi de David Friszman. Que cela n'empêche pas les non-parisien(ne)s de jouer : elles et ils pourront offrir leurs places ensuite...
Pour gagner il vous suffit de répondre à cette question :Quel(le) scène de quel film (et jouée par qui ?) donneriez-vous comme mode d'emploi de comédie et pourquoi ?
J'attire votre attention sur le fait que cette pièce se joue uniquement le samedi soir et que la dernière aura lieu le 2 juillet. En gros, il reste 3 dates : le 18, le 25 ou le 2.
Pour vous mettre sur la voie (ou pas du tout), je vais vous donner quelques exemples de scènes qui, moi, m'ont interpelée au niveau de mon vécu cinématographique. Puisque je ne peux pas répondre "Gregory Peck pour l'ensemble de sa carrière", je dirais :- Keanu Reeves dans son célèbre slow motion chute arrière dans Matrix 1 pour l'esthétisme de l'ensemble
- Keanu Reeves faisant du surf dans Point Break (pourquoi croyez-vous que je fréquente tant les piscines des Novotel ces temps-ci : je m'entraîne)
- Keanu Reeves sautant d'un avion sans parachute dans Point Break (ah m'envoyer en l'air avec KR !)
- Keanu Reeves sous la pluie dans la scène finale de Point Break (vu le temps qu'il fait actuellement, j'en ferais bien un remake en sa compagnie)
- Keanu Reeves en duel à la fin des Liaisons dangereuses (il est beau quand il est en colère)
Bref, vous voyez que j'ai des goûts cinématographiques très affirmés. Plus sérieusement, je dirais peut-être :
- Wilhem Dafoe les bras en croix dans Full Metal Jacket (c'est d'ailleurs l'affiche)
- La scène de torture dans Reservoir Dogs
- Les images de trains qui roulent vers l'Allemagne dans Amen de Costa Gavras (et le regard de chien battu de Matthieu Kassovitz)
- en parlant de regard, celui de Richard Berry dans L'appat de Tavernier au moment où il comprend qu'il va mourir. Bizarrement et même si je ne rafole pas de cet acteur ni de sa personnalité, c'est la première réponse qui m'est venue à l'esprit
- Les scènes de shoot très speed de Jared Leto dans Requiem for a dream
jeudi 9 juin 2011
2 spectacles (de David Friszman)
Bonjour DavidBonjour aux comédien(ne)s
Bonjour à celles et ceux qui voyagent en trains de banlieue
Bonjour aux zotres
David Friszman est auteur de théâtre et co-réalisateur des excellentissimes Rimaquoi diffusées sur France 5 et encore visibles sur le net. J'aime beaucoup son écriture et, accessoirement, je l'aime bien aussi, lui.
La suite de ce message pourrait donc passer pour une petite pub sympa pour un pote (notez au passage la sublime allitération en p) si ce n'est que j'ai vu et aimé tous les spectacles qu'il a écrits et/ou mis en scène à l'exception du dernier en date créé l'an passé à Avignon (si mes souvenirs sont bons) et intitulé Comédien mode d'emploi qui se joue le samedi jusqu'au 2 juillet inclus au théâtre Essaion dans le 4e arrondissement. Pour samedi soir, il est possible d'avoir des places pour un prix plus que dérisoire voire indécent.
Je n'ai pas encore pu voir ce spectacle pour cause d'absence de samedis libres (Conakry puis week-end hors de Paris puis de Dakar) et je ne pourrai pas encore aller applaudir David demain soir mais je croise les doigts pour pouvoir y aller le 18 ou le 25 juin.
Une autre de ses pièces est jouée au théâtre Clavel dans le 19e. Elle s'intitule Trains de banlieue. J'en ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. Je l'aime beaucoup au point de l'avoir vue 4 ou 5 fois déjà et d'envisager de la voir encore lundi 13 prochain. Avis aux zamateurs/trices : ce sera la dernière représentation.Lien vers le récapitulatif des derniers spectacles de David Friszman
N'hésitez pas à faire passer l'info.
jeudi 27 janvier 2011
Les violons parfois (de Françoise Sagan)
Bonjour aux violonistes régulier(e)sBonjour aux violonistes occasionnel(le)s
Bonjour aux zotres
Ce livre faisait partie de ma sélection dans le cadre de mon challenge littéraire de novembre 2010 et comme les 3 livres sont arrivés ex-aequo, j’ai choisi celui-ci pour 2 raisons :
- C’est une pièce de théâtre et non un roman : ça change
- La paresse : ça se lit très vite. En 2 trajets de bus l’affaire était pliée
Le sujet
Pendant 5 ans, Charlotte et son amant Antoine (vague escroc présenté comme son cousin à la bourgeoisie de Poitiers) furent entretenus par un industriel fortuné. Le décès de ce dernier révéla qu’il n’avait couché sur son testament ni sa sœur Augusta ni la belle Charlotte et que son unique légataire était Léopold, un lointain neveu par alliance âgé de 20 ans. La personnalité lunaire du jeune homme et son détachement pour les questions matérielles en font une proie facile pour Charlotte qui ne tarde pas à le dépouiller avec son consentement. Mais, au final, qui dévorera l’autre ?
Mon avis
Cette pièce créée en 1961 et publiée en 1962 possède un indéniable côté poussiéreux et totalement démodé. En outre, le texte est très court et donc forcément superficiel : les personnages esquissés auraient mérité une plus grande attention sur le plan psychologique ce qui impliquait un texte plus long et plus dense (ce que sait parfaitement faire Jean Anouilh dans un registre cynique et/ou désabusé comparable).
Je ne pense pas que la jouer à nouveau pourrait présenter un intérêt de nos jours même en procédant à de sérieux réaménagements du texte tant le contexte et les péripéties qui servent de toile de fond au développement des thèmes abordés sont eux-mêmes obsolètes. Il n’en demeure pas moins que l’écriture de Françoise Sagan est belle souvent, brillante parfois, spirituelle dans l'ensemble, que la dureté du propos ne manque pas d’intérêt, que le sens du paradoxe désabusé et de la formule acide évoquent parfois certains aphorismes d’Oscar Wilde et la morsure de certaines pages d'Anouilh (déjà cité).
Depuis Les liaisons dangereuses de Laclos, la littérature regorge de romans traitant de la manipulation amoureuse sur le thème du tel-est-pris qui croyait prendre, des faux-semblants et de l’orgueil, de la cruauté infinie de la candeur, infinie parce qu’innocente, sans calcul et donc sans possibilité de remise en cause.
Antoine et Charlotte sont deux êtres veules, profiteurs, hypocrites unis par l’amour tout d’abord, nourris par une commune ambition et une même absence de scrupules mais c’est cette ressemblance, ce miroir tendu par l’autre qui fait qu’il devient peu à peu insupportable jusqu’à la souffrance affligée avec d’autant plus de mépris qu’elle est aussi ressentie par chacun des deux, prisonniers d’un même cercle vicieux de rancœurs.
Léopold est le Candide parfait, la victime désignée des intrigues fomentées par le couple mais ils ne peuvent l’atteindre tant il est dépourvu d’orgueil, de passions, tant les contingences matérielles glissent sur lui au-delà du supportable.
2 citations qui donnent une idée du ton
L'argent rend égoïste. C'est bien pourquoi je veux en avoir. Je trouve l'égoïsme confortable, équilibrant...
L'intelligence sans bonté est une arme bien dangereuse.
Conclusion
Une Nième variation légère et très bourgeoise sur le thème de la destruction amoureuse.
dimanche 12 décembre 2010
Alfred (de Musset)
Bonjour Juliette
Bonjour les zotres
Hier, on célébrait sans tambours ni trompettes le 200e anniversaire de la naissance d'Alfred de Musset dont j'ai eu la chance de découvrir de nombreuses pièces il y a quelques années grâce à l'intégrale de son oeuvre programmée au théâtre du Nord Ouest.
Si j'adore On ne badine pas avec l'amour (et la célèbre tirade de Perdican "tous les hommes sont ceci cela, toutes les femmes sont bla-bla-bla, mais c'est l'union de ces deux être si imparfaits, etc., etc.") et surtout Lorenzacio mais je vous conseille tout autant des oeuvres moins célèbres comme Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, Fantasio et tout le reste y compris ses poèmes si violemment romantiques.
Voici un sonnet qui n'est pas d'une franche gaité et qui s'intitule d'ailleurs tristesse. Musset, mort à 47 ans d'une vie d'excès, n'était pas réputé pour sa joie de vivre et son équilibre...
J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
samedi 20 novembre 2010
Le tour du monde en 80 jours (et autant d'éclats de rire)
Si vous êtes en province, le DVD constituera un excellent cadeau de Noël familial (et non, je ne touche aucune commission sur les ventes)
Théâtre : "Le tour du monde en 80 jours" au Café de la gare
envoyé par cap24-wizdeo. - Films courts et animations.
vendredi 19 novembre 2010
Le tour du monde en 80 jour (invitation ce soir)
Bonjour Phileas FoggBonjour Passe-Partout
Bonjour les zotres
J'ai deux invitations pour ce soir pour voir Le tour du monde en 80 jours au Café de la gare à 20h. La personne qui devait m'accompagner ne peut pas venir. J'ai déjà vu ce spectacle déjanté et j'avais beaucoup aimé. Plus d'infos ci-dessous...
Qui peut et veut m'accompagner ?
Infos pratiques20h au Café de la Gare
41, Rue du Temple Paris 4e
(métro Rambuteau
Hotel de ville)
Un peu d'infos et de pub
(Extraits du communiqué de presse parce que j'aime vraiment ce spectacle)
Sortie du spectacle en DVD
Durée : 1H30 environ
Une bonne critique ici, photo et autre éloge là
• Une comédie de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino
Mise en scène : Sébastien Azzopardi
Avec Yan Mercoeur, Nicolas Tarrin, Alexandre Guilbaud, Romain Canard, Réjane Lefoul
• Une Adaptation déjantée et délirante du roman de Jules Verne
Un road-movie où se côtoient une princesse Indienne, un chinois fumeur d’opium, Jack le plus grand looser de l’Ouest ou encore l’inspecteur de police le plus nul de toutes les séries allemandes…
• Un succès public depuis 2006
+ de 1 000 représentations et + de 80 000 spectateurs
Une tournée en France et à l’étranger
• Sébastien Azzopardi, un auteur qui a le vent en poupe
Comédien, auteur, metteur en scène et adaptateur reconnu, il crée en 2003 sa propre compagnie de théâtre. Ses dernières créations “Le tour du monde en 80 jours” et “Mission Florimont” connaissent un véritable succès public. En plus de la création d’une nouvelle pièce, Sébastien Azzopardi se lance dans une nouvelle aventure : la télévision. Il travaille actuellement à la création d’un nouveau projet pour le petit écran.
mardi 27 juillet 2010
Le roi pêcheur (de Julien Graqc)
Bonjour à celles et ceux qui ont trouvé leur GraalBonjour à Mango
Bonjour aux zotres
Je remercie Mango d'avoir attiré mon attention sur le centenaire de Julien Gracq né le 27 juillet 1910. Je n'ai rien lu de lui mais je profite de l'anniversaire de sa naissance pour mettre en ligne ici une critique que j'avais rédigée le 22 mai 2001 après avoir vu Le Roi Pêcheur, sa seule pièce de théâtre écrite en 1948.
Je ne savais rien de cette pièce avant d'aller la voir au Théâtre du Nord Ouest dans le cadre du cycle Quel avenir pour l'humanité ? qui proposait un florilège d'une trentaine de pièces et de lectures sur ce thème.
Le sujet
Une quête du Graal revisitée où l'on s'attache plus aux sentiments et aux contradictions humaines qu'à l'épopée héroïque. On se retrouve à Montsalvage, un royaume en décrépitude, perdu dans l'ombre, le brouillard et le froid au sein d'un chateau où un roi ANFORTAS vieillisssant et souffrant d'une étrange et douloureuse blessure sanglante est veillé avec dévotion par la belle Kundry, porteuse d'un lourd secret.
Dans cette atmosphère où culmine le malheur, tous attendent la réalisation de la prophétie qui, d'une manière où d'une autre les délivrera et leur permettra d'accomplir la dernière phase de leur destin... Tous attendent et redoutent le "Pur", celui qui parviendra à trouver le Graal.
Perceval le Galois arrive enfin à destination, il touche au but mais il n'est pas le personnage principal de cette pièce (c'est bel et bien Amfortas, Le Roi Pêcheur). C'est l'étranger, le témoin qui permet à chacun, y compris lui-même, de se révéler. Il renvoie chacun à sa propre conscience, ses propres questions, ses propres limites, ses propres peurs.
Au où cette quête s'achève, Perceval apprendra que le danger ne revêt pas toujours les formes les plus effrayantes et que l'ennemi n'est pas toujours celui qu'on croit.
Mon avis
LES ACTEURS
pour les habitué(e)s du théâtre du Nord Ouest, ce ne sera pas une surprise : ils sont bons. J'avais déjà vu la plupart des acteurs dans l'excellent Lorenzaccio (j'adore Musset) ou l'horripilant Oncle Vania (je déteste Tchekhov).
LE TEXTE
Le texte est superbe, poétique et philosophique à souhaits, trop peut-être ? C'est typiquement le type de pièce qui gagne à être lue et connue avant d'être vue tant il est riche et parfois obscur, la beauté de la forme nuisant parfois à la clarté du fond.
Le texte de Graqc est très bien servi et l'oreille est continuellement flatée par la musicalité des phrase, quelquefois au dépends de l'écoute réelle et de la compréhension des situations. L'auteur ne facilite pas la tâche du spectateur, multipliant les ellipses, les non-dits, entretenant le silence sur les secrets douloureux et distillant deci-delà quelques confidences en demi-teintes. Dès lors, tout est matière à réflexion, à interprétation.
LA MISE EN SCENE
Elle est très sobre voire dépouillée : aucun décor, peu de déplacement, un phrasé très lent nécessaire pour rendre la beauté du texte et en permettre la compréhension : imaginez un long poème de 2 heures.
Le Roi Pêcheur - Quelques infos
1949 -Le Roi Pêcheur est créé et jouit d'une aide financière à la première pièce, sous le patronage du Ministère de l'Education Nationale. La mise en scène est de Marcel Herrand dans des décors et costumes de Léonor Fini. Jean-Pierre Mocky incarne Perceval et Maria Casarès Kundry. Très mauvais accueil du public et de la presse. Le "comportement" du milieu de la presse et de l'édition rend furieux Julien Gracq qui s'en "souviendra" pour La Littérature à l'estomac.
1991 - Le Roi Pêcheur a été montée à Lyon au théâtre des Célestins en 1991 par Jean-Pierre Lucet. Julien Gracq ira voir la pièce et appréciera la façon dont elle a été montée. Il a aimé infiniment le décor de Jean-Paul Vergier alors qu'il avait détesté les costumes et le décor de la pièce de Marcel Herrand. La pièce a aussi été montée ensuite en 1996 en Italie à San Miniato.
Si vous voulez en savoir un peu + sur le Graal, je vous renvoie ici : vous pourrez lire un résumé de conférence sur la quête du Graal très intéressant et pas trop long (2 pages environ). "Le Graal : un mythe du salut", par Michel Zink, Professeur au Collège de France Compte-rendu de la conférence du 3 juin 1999.
"Le Graal est polymorphe, chacun porte en soi son Graal tel qu'il l'imagine et le cultive."
Jean-Charles Payen, 1981
Extrait de la pièceLe roi AMFORTAS parlant à PERCEVAL
Nous ne sommes pas ici chez Trévrizent, Perceval, et il ne s'agit pas de te punir. Tu m'as appelé tout à l'heure un oiseau de nuit en plein jour, et en effet, il ne s'agit que d'une manière de cligner des yeux. Il y a des oiseaux qu'on endort en leur faisant fixer une ligne blanche et il y a derrière chaque acte un sillage, une trace qui s'élargit, et si on la fixe des yeux assez longtemps, il vous prend un vertige qui chavire le cour, et qui a pourtant un charme, parce qu'il endort. Ainsi Montsalvage s'est endormi dans ses branches, comme un navire sur les vagues, pour avoir déserté la proue et s'être mise à fixer trop longtemps un sillage.
Perceval, si les hommes se retournaient seulement une bonne fois, ils
verraient se dresser derrière eux autant de Sodomes et de Gomorrhes levées de chacun de leurs pas et capables de les changer en statues de sel. C'est là ce que Montsalvage contemple, et c'est pourquoi tu trouves qu'il y fait nuit en plein jour. Tu as vu dans tes voyages de ces rochers qui gardent les pistes de bêtes fabuleuses qu'on ne voit plus nulle part. Ils étaient boue pour recevoir l'empreinte - ils se sont faits pierre pour la garder.
Perceval ! quelque chose a passé ici il y a longtemps, dont Montsalvage a gardé l'empreinte, et rien n'a pu l'effacer, car Montsalvage est un lieu clos, car le temps et la vie n'y trouvent plus de prise, car Montsalvage pétrifie - et c'est ce qui fait de moi pour les passants une pierre de foudre au bord de la route, un fantôme en plein soleil, une tête de Méduse qui te fascine et que tu n'oublieras plus jamais de regarder, Perceval, parce que tu m as vu, parce que ce que j'ai fait tu pourrais le faire, et tu l'as désiré dans ton cour, et que tu sais maintenant que je te ressemble.
Conclusion
Je conseille vivement cette pièce mais, si nécessaire, je suggère une petite incursion du côté du mythe du Graal avant... En sortant, je me suis précipitée sur internet pour essayer de lire quelques analyses sur cette pièce ainsi que sur la quête du Graal et je dois avouer que ce que j'ai lu a accentué ma curiosité et multiplié mes questions.
Je m'attendais à une pièce plus métaphysique étant donné le sujet et, si le rapport au Divin n'est pas absent, c'est bien le rapport à soi-même et à ses propres limites qui est le centre de la pièce.
Bon, allez, je vous le dit quand même, une chose m'a évidemment énervée : l'image de la femme porteuse de souillure, génératrice d'indignité. Kundry est une sorte d'Eve médiévale qui a provoqué la chute d'Amfortas et qui doit expier.
Je vous livre ci-dessous ce que Julien Gracq a écrit au sujet de sa propre pièce (qui date de 1948). La première partie de son analyse ne me semble pas, elle non plus, d'une clarté absolue... La 2e moitié est plus simple.
Julien Gracq, Le Roi Pêcheur Éditions José CortiExtrait de l'avant-propos de Julien Gracq
Il reste (.) que cette matière [de Bretagne] n'est pas épuisée, et que ce serait vraiment faire peu de confiance au pouvoir de renouvellement indéfini de la poésie la plus pure - la plus magique - que de le croire. Le cycle de la Table Ronde appartient à l'espèce de mythes la plus haute : il est par essence un de ces carrefours où les très petits déplacements du promeneur correspondent
à chaque fois à un foisonnement de perspectives nouvelles. Vu sous un certain angle, il donne sur l'histoire du roi Saül et la légende du prêtre de Némi - sous un autre, Wagner a pu y voir une apologie de la pitié, et même assez curieusement, comme on sait, le prétexte à une prédication végétarienne. Il fournit l'archétype du " Bund " idéal, - de la communauté élective. Il noue une
gerbe d'éléments concrets propre à matérialiser comme nulle autre le thème de la fascination.
Reste au centre, au cour du mythe et comme son noyau, ce tête à tête haletant, ce corps à corps insupportable-ici et maintenant, toujours-de l'homme et du divin, immortalisé dans Parsifal par la scène où le roi blessé élève le feu rouge du Graal dans un geste de ferveur et de désespoir qui figure un des symboles les plus ramassés que puisse offrir le théâtre - un instantané des plus
poignants que recèle l'art - de la condition de l'homme, qui est, seul entre tous les êtres animés, de sécréter pour lui-même de l'irrespirable, et, condamné à ce tête à tête fascinant et interminable avec ce que de lui-même il a tiré de plus pur, de ne pouvoir faire autre chose que de répéter l'exaltante et désespérante formule : " Je ne puis vivre ni avec toi, ni sans toi.
" La température d'orage que dégage ce tête à tête sans rémission est à elle seule d'une nature assez attirante, je le crois, pour conduire à donner au personnage d'Amfortas la place centrale : c'est de ce changement de perspective que je m'autorise pour le titre que j'ai donné à cette pièce. Dans ce nouvel éclairage, il m'a paru qu'il pouvait n'être pas sans intérêt de suivre une fois de plus le héros dans une démarche dont tout le mythe tend à démontrer qu'elle est au dernier point dangereuse et semée d'embûches, et de s'arrêter avec lui à quelques-uns des écueils dont sa route était jalonnée. Ces écueils sont de nature spirituelle et leur garde remise tout naturellement aux mains les grands naufrageurs.
Le personnage du prêtre ne saurait se séparer de la silhouette essentiellement noire qui lui est échue dans une représentation populaire finalement bien avisée : il se présente ici sous deux formes : l'homme de sage, mais borné conseil, dont le héros trouve traditionnellement la main secourable - et vaine - tendue au bord le sa route au moment où il aborde le dernier tournant. L'autre a l'orgueil du gardien et du détenteur les objets sacrés : lieu de contact du divin et du terrestre, il a deux faces : par l'une il sécrète et répand l'ombre comme la seiche son encre, il embrouille, il est par vocation le grand avorteur - par l'autre il est le point d'attache à la terre d'un climat difficilement soutenable, le lieu d'un écartèlement absorbant, une de ces pierres de foudre exemplaires qui jalonnent une des frontières - et non la moins brûlante - de la condition humaine.
Les propos qui lui sont prêtés souhaitent de n'emprunter quelque force qu à l'impartialité apparente, mais dans une certaine mesure loyale, que doit l'auteur à ses personnages, à partir du moment où il leur fait assez de crédit pour leur enjoindre de se manifester. Si peu d'intérêt qu'en définitive cela représente, je tiens tout le même à dire que c'est Kundry qui porte mes couleurs.
vendredi 22 mai 2009
Le Cid de Corneille (au théâtre Sylvia Monfort)
Bonjour à ChimèneBonjour à Rodrigue
Bonjour aux zotres
Site du théâtre ici
Extrait et une présentation video de la pièce ici (hélas trop courte et morcelée)
Texte intégral de la pièce disponible ici
Critique élogieuse ici
Samedi dernier je suis allée voir Le Cid au théâtre Sylvia Monfort afin de revoir sur scène Nicolas Martinez que j'avais trouvé excellent dans Les abimés et surtout un merveilleux spectacle au Lucernaire regroupant deux courtes farces de Molière.
Mais ce n'était pas le seul comédien que j'avais déjà vu sur scène. Bénédicte Budan parfaite dans le rôle de l'infante et signe la mise en scène jouait également dans les abimés et dans le très drôle Lifting de Madame Chouraqui qu'elle mettait aussi en scène (voir ici). Cette pièce était co-signée et également interprétée par Camille Cottin qui campe dans le Cid une excellente Chimène.
Le sujet
Chimène aime Rodrigue qui aime Chimène. Jusque là tout va bien sauf que le père de l'une giffle le père de l'autre qui demande à son fils de laver son honneur en provoquant le père de sa dulcinée en duel. En gros il a le choix entre se faire tuer ou tuer le père de sa bien aimée et ainsi ruiner leur amour.
La mise en scène
Sur scène, une immense tente entourée de voilures et surmontée d'une couronne. Ce décor est superbe et constitue l'élément essentiel de la mise en scène de Bénédicte Budan. Les personnages s'y perchent, y surgissent comme d'un théâtre de marionettes géant et ce parti pris de mise en scène certes original n'est pas sans inconvénients. Tout d'abord il semble un peu gratuit et participe plus d'un exercice de style (qu'il est sans doute valorisant de tenter pour une jeune femme imaginative) que d'une réelle volonté de servir le texte et surtout l'action tant il est vrai que percher un acteur à 3 mètres dans un trou de tissus peut sans doute constituer une première décalée par rapport aux versions antérieures de la pièce mais réduit considérablement les possibilités de mouvements de celles et ceux soumis à cette gymnastique vertigineuse. Et cela se ressent sur le rythme de la pièce, surtout au début mais au fil du temps, les personnages se détachent un peu de ce décor et le jeu gagne en naturel, le phrasé en fluidité, et le spectacle en dynamisme. Tant mieux.
La distribution
Les costumes féminins sont superbes. Les hommes sont moins gâtés. Rodrigue est particulièrement peu à son avantage dans un habit trop grand pour lui et peut-être ce détail vestimentaire est-il une parfaite métaphore de la dimension du personnage qui semble totalement écraser Nicolas Martinez. Autant il m'avait bluffée dans les deux pièces citées en introduction, autant je l'ai trouvée affligeant dans Le Cid. Il était gauche, hésitant, nasillard (pourquoi transformer sa voix et adopter ce ton geignard et ce rythme faux en permanence ?). Le tout produisait un effet pseudo-comique assez pathétique et que cela soit volontaire ou non, cela me semble à l'opposé total de ce que doit être un Rodrigue certes torturé entre l'amour et le devoir filial mais résolu, sûr de lui, fier et douloureux.
Comme à mon habitude, j'ai observé le public autant que la scène et les sourires et commentaires perçus autour de moi étaient tout sauf bienveillants. A la décharge de Nicolas, je dois préciser qu'il reprenait le rôle pour deux représentations seulement et que toutes les autres sont jouées par Antoine Cegarra. Ce n'est certainement pas évident de jouer un tel rôle dans ces conditions.
Le reste de la distribution est parfaite. Chimène est fière et passionnée, l'infante effacée, les pères assez odieux dans le genre avec leur honneur à la noix cause de toutes les peines (mais sans lequel il n'y aurait pas de pièce). Une mention spéciale à Bruno Ouzeau épatant dans le rôle du roi et le seul personnage qui s'en sort à merveille dans toutes ses scènes statiques et perchées. Sans mauvais jeu de mots, on peut dire qu'il domine parfaitement la situation.
Infos pratiques
Attention : sauf prolongations, il ne reste que deux représentations
Le Cid de Pierre Corneille
Jusqu'au 23 mai au théatre Sylvia Monfort
106 rue Brancion (parc Georges Brassens)
75015 Paris (métro Convention)
20h30 ou 19h00 o 16h00 selon les jours
Conclusion
La pièce est belle, le thème passionnant et le texte magnifique. J'ai passé une excellente soirée malgré les quelques défauts évoqués plus haut. J'ai presque envie de retourner voir la pièce ce week-end pour voir ce qu'elle donne avec le Rodrigue habituel et j'ai hâte de revoir Nicolas Martinez plus en forme dans un autre rôle.
jeudi 19 février 2009
L'affaire de la rue de Lourcine (d'Eugène Labiche)
Bonjour à CarolineBonjour aux zotres
Depuis que je rédige de temps à autres des critiques théâtre (mai 2000 environ), je répète que le plaisir que l’on prend (ou pas) face à une pièce dépend de trois éléments :
1/ la qualité (ou pas) du texte
2/ la qualité (ou pas) des acteurs/trices
3/ la qualité (ou pas) de la mise en scène
Il m’est subitement apparu qu’un autre facteur entre aussi en ligne de compte : la réceptivité du public en général (tant il est vrai que le théâtre mérite le qualificatif de spectacle « vivant ») et ses goûts personnels en particulier.
Je ne suis pas fan de théâtre de boulevard et, spontanément, je ne suis guère adepte de Courteline et autres Feydeau. Si je peux prendre plaisir (je suis, je crois, bon public) devant un classique du genre (ce fut le cas récemment avec Le plus heureux des trois de Labiche), il ne s’agit cependant jamais d’un choix personnel et spontané. De fait, j’étais invitée avec une mienne amie par le théâtre de la Pépinière où j’avais récemment eu le bonheur de voir et de m’enthousiasmer pour deux excellents spectacles modernes Shitz et Europeana dont j’ai déjà dit ici et ici tout le bien que je pensais (et dont j’attends les reprises pour vous redire de courir les voir !!!).
Je ne connaissais rien de la fameuse «Affaire de la rue de Lourcine » d’Eugène Labiche et j’ai découvert le synopsis quelques minutes avant le lever de rideau devant une salle pleine mais froide. Si je l’ai ressenti depuis mon fauteuil, je doute que ce soit passé inaperçu sur scène et je pense que ce détail n’en est pas un.
Mais en même temps je me pose une question : qui est l’œuf qui est la poule ? Quelle est la cause et quel est l’effet ? La salle était-elle froide d’insatisfaction ou le spectacle était-il en deçà de ce qu’on pouvait en attendre en raison de la froideur de la salle ? On peut sans doute résumer la situation d’un prudent « les deux mon général » et souligner que les rires étaient rares et l’ennui parfois palpable tant sur scène que dans la salle et j’ai mon avis sur le pourquoi du comment de la chose.
Le texte
L’affaire de la rue de Lourcine est une courte pièce composée d’un seul acte et d’une vingtaine de tableaux. L’histoire est simple : Lenglumé, un bourgeois un peu bête voire franchement idiot est sorti la veille en cachette de sa femme pour se rendre à un banquet où il a bu plus que de raison au point de se réveiller le matin avec une gueule de bois carabinée, un trou de mémoire gigantesque et, dans son lit, un parfait inconnu aussi saoul et amnésique que lui … Le tout devient inquiétant et en même temps prétexte à la farce quand les deux compères croient avoir commis un meurtre au cours de leur nuit d’errance.
On n’aime ou on n’aime pas Labiche mais l’on sait à quoi s’attendre, des portes qui claquent, des quiproquos, des velléités comiques affichées et plus ou moins réalisées selon les points de vue. Ici, le texte aurait à mon avis gagné à être dépoussiéré car si certains effets pouvaient amuser au milieu du XIXe (la pièce date de 1857) je doute que ce soit encore le cas en 2009 et entendre le valet remplacer les m et les p par des b parce qu’il est « enrhubé » ne suscite visiblement pas l’enthousiasme du public pendant les premières minutes de la pièce.
Les acteurs
La pièce compte 5 personnages. Outre les deux pochtrons et le valet, on voit aussi Norine, la femme de Lenglumé et le cousin de cette dernière joué par le même acteur que le valet. Le quatuor de comédiens joue hélas de façon très inégale. Les deux compères sont magnifiquement servis par Pierre Berriau, méconnaissable, loufoque et échevelé campe un Mistingue drôle et crétin à souhait, et par Yann Collette absolument grandiose loin des personnages souvent inquiétants qu’on lui confie chez Bilal ou ailleurs. Il y a un je-ne-sais-quoi de Bourvil mâtiné de Daniel Prévost dans son jeu décalé et il parvient à donner une vraie personnalité presque attachante à Lenglumé. Toutes les scènes les réunissant sont formidables. Le personnage peu intéressant et très passif de Norine ne permet hélas pas à Christine Pignet (inoubliable Madame Groseille de Chatilliez) de donner sa pleine mesure comique. Dommage. Le vrai point faible de cette distribution est Alexandre Michel qui ne parvient à convaincre ni en valet ni en cousin et chacune de ses apparitions casse le rythme déjà mollasson de la pièce.
La mise en scène de Jérémie Lippmann
C’est, selon moi le très gros point faible de ce spectacle et les acteurs sont visiblement mal (pas ?) dirigés. Certes il n'y a vraisenblablement pas grand chose à faire pour Alexandre Michel (sinon lui conseiller la plus grande sobriété et une élocution plus rapide et moins plate) mais quel besoin de faire de Norine une caricature ne se déplaçant qu'en sautillant et les bras en l'air ? Quelle idée de faire adopter à Christine Pignet un visage constamment mobile aux expressions caricaturales et aux lèvres pincées ? Heureusement Collette et Berriau s'en sortent fort bien.
Lorsque « le plus heureux des trois » avait été joué en avant première un mois avant la date de la première représentation, j’avais dit à David Frizsman que la pièce manquait de rythme, que les acteurs n’étaient pas en place. Il était parfaitement conscient du problème et, un mois plus tard, lorsque j’avais assisté à la troisième représentation, la pièce durait 20 minutes de moins, les pauses lors des enchaînements avaient disparu et les répliques fusaient.
L’affaire de la rue de Lourcine se joue depuis quelques semaines déjà et ce manque de rythme est toujours manifeste et, contrairement à l’exemplaire précité, il ne s’agit visiblement pas d’un problème de préparation mais bien d’un défaut structurel de mise en scène que le parti-pris d’un décor quasi inexistant n’aide pas à masquer.
L’objectif était-il de faire durer plus longtemps un spectacle court par nature (à tel point qu’il est souvent représenté en même temps qu’une autre courte pièce) ? Le résultat est de diluer le peu d’action dans des secondes de vide entre deux répliques qui s’enchaînent mal, deux déplacements approximatifs, des minutes d’ennui mal meublées de superflu qui font qu’on a effectivement l’impression que la pièce dure des heures et des heures… mais on s’ennuie ferme !
Heureusement, elle est jalonnée de quelques chansons originales signées Ours et Lieutenant Nicholson qui peuvent sans doute déconcerter les puristes mais que j’ai beaucoup aimées. L’effet est à la mode ces temps-ci et bon nombre de pièces que j’ai vues en 2008 étaient lardées, avec plus ou moins de nécessité et de réussite, de chansons ou d’extraits musicaux. Ici, les ponctuations chantées apportent un rythme bienvenu et, avec les scènes de Berriau et Collette, ce sont les seuls moments vraiment intéressants (et par définition modernes) de la pièce. Je crois, mais c'est à vérifier, que la version originale de la pièce prévoit elle aussi des intermèdes chantés.
Infos pratiques et quelques liens
Représentations à 21h00 du mardi au samedi et matinées à 16h00 le samedi
Le site du théâtre de la Pépinière Opéra (7 rue Louis Le Grand 75002 Paris)
La vie et l'oeuvre d'Eugène Labiche sur Wikipedia
Une critique incroyablement élogieuse sur theatre on line ici
Une video Télérama plutôt sévère avec laquelle je suis en partie (mais seulement en partie) d'accord ici
Conclusion
Un résultat mitigé où deux merveilleux acteurs confrontés à une mise en scène bâclée et une grande actrice dans un rôle sous dimensionné ne suffisent pas à sauver le public d’un ennui parfois manifeste. A voir pour Yann Collette et Pierre Berriau à qui j'adresse mes applaudissements les plus admiratifs.
mercredi 24 décembre 2008
Europeana (au théâtre de la Pépinière Opéra)

Attention génial !
J'ai adoré EUROPEANA sous titré "Une brève histoire du XXe siècle". et de fait, brève elle l'est puisqu'elle dure un tout petit peu plus d'une heure craie en main (les acteurs écrivent et dessinent beaucoup et cette trouvaille de mise en scène fonctionne formidablement bien)...
J'ai honte, honte, honte (etc.) de ne pas vous en avoir parlé plus tôt car la pièce se joue pour quelques jours encore et vous allez peut-être passer à côté d'un grand moment à cause de mon manque de réactivité.
Et pourtant, je me suis renseignée sur Sharif ANDOURA et Jonathan MANZAMBI les deux formidables acteurs (j'avais déjà vu Manzambi lors des Mises en Capsule au Théâtre 13), j'ai scanné l'affiche, j'ai pris des notes pendant la pièce, j'ai tellement aimé que j'ai acheté plusieurs exemplaires du texte de Patrick Ourednik. Mais j'ai perdu mes notes, mon temps, le fil... Je suis impardonnable.
Lisez ce que j'ai commencé à écrire ici.
Lisez ce que la Peule Blanche a écrit complètement là.
Surfez sur les sites et blogs consacrés au théâtre et dépêchez-vous d'aller applaudir Europeana au théâtre Pépinière Opéra (infos ici) car la dernière aura lieu le 31/12 à 19h !
mercredi 10 décembre 2008
Une mauvaise pièce peut-elle en cacher une bonne ? (24 heures de la vie d'une femme d'après Stefan Zweig)
Bonjour DavidBonjour FX
Bonjour les zotres
J'avais traîné un peu et j'avais (presque) renoncé à terminer la rédaction d'une critique de 24 heures de la vie d'une femme joué à l'Essaion (on ne tire pas sur une ambulance) mais deux événements concommitants me poussent à reprendre et à compléter mon bla-bla d'origine :
- le fait que 24 heures de la vie d'une femme vient d'être repris au Petit Montparnasse avec Catherine Rich dans le rôle principal et que FX, un de mes lecteurs zassidus, m'a proposé d'aller voir la pièce avec lui,
- le fait que j'ai eu vent le même jour de la parution d'un inédit de Zweig intitulé "Voyage dans le passé" que je me suis empressée d'acheter et d'offrir mais que j'ai hâte qu'on me prête.
Stefan Zweig est sans doute mon auteur classique préféré. En fait non, c'est plus simple que ça, je reformule : Stefan Zweig est le seul auteur classique que j'ai envie de lire et dont chaque page est un enchantement tant sa plume est belle et tant ses analyses de l'âme humaine sont fines. Donc, j'admire profondément Stefan Zweig et j'aime ses livres.
Lorsque David, l'auteur de l'excellente pièce "Trains de banlieue" (que j'ai hâte de revoir !) et le metteur en scène du "Plus heureux des trois" de Labiche m'a proposé de l'accompagner à l'Essaïon , j'étais certaine, sans rien savoir de la pièce, de passer un bon moment tant le texte est magnifique.Mais, après avoir vu la pièce (qui est encore à l'affiche), la question que je me pose est la suivante : quand on dispose d'une prose aussi magnifique, aussi forte, pourquoi ne pas rester humble et se contenter de la servir ? Pourquoi tenter d'en rajouter par des effets superflus voire ridicules ?
Surtout quand, à l'évidence, on dispose de moyens très limités.
A quoi sert un décor de bric et de broc ?
A quoi servent des lumières de bazar (en outre très mal réglées et aveuglantes voire limite douloureuses) autour d'une caricature de table de jeu ?
A quoi sert de rajouter un personnage de bonne potiche qui joue faux même quand elle se contente de sourire ou de crier "24 !" (authentique !) ?
A quoi servent des ponctuations musicales agaçantes (certes c'est à la mode et j'ai noté ces temps-ci une tendance à vouloir "rallonger la sauce" de textes courts par des interventions instrumentales artificielles) ?
Qu'est-ce que ce fatras apporte au texte ? et aux spectateurs/trices ?
Quand on veut être gentil(le), la réponse est : rien. Quand on veut être moins gentil(le) et sans doute plus objectif/ve on ajoute que tout cela dessert plutôt l'oeuvre de Zweig que cela ne la sert. Sans compter que la direction d'actrice me laisse perplexe tant elle manque de subtilité.
Je ne sais toujours pas si Laure Meurice (la nièce de Paul) joue bien ou mal tant certaines scènes sont démonstratives, surinterprétées (exemple : l'actrice dit "je cours" et paf, elle court sur la scène... minuscule... ridicule... dommage), tant des éclats de voix intempestifs cassent le rythme et l'émotion qui s'installait quelques minutes plus tôt.
Si j'en juge par ce que j'ai lu sur l'excellent site, les 3 coups, je ne suis pas la seule à avoir regretté les égarements de la mise en scène (auxquels je préfère ceux du coeur et de la raison si bien écrits par l'auteur).
Alors, je me suis concentrée sur le texte, tentant de faire abstraction de tout ce parasitage et je me suis demandée ce que cette oeuvre donnerait dans une mise en scène intelligente, sobre et jouée avec finesse. D'après ce que j'ai pu lire à propos de cette nouvelle version, il semblerait que ce soit le cas au Poche Montparnasse... Tant mieux pour le public et tant mieux pour Zweig qui le vaut bien.




