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mardi 17 décembre 2013

Les 3 romans (que j'apporterai au DLE de ce soir)


Bonjour à celles et ceux qui seront à la maison Peret
Bonjour à celles et ceux qui ont le moral
Bonjour aux zotres


Ma sélection pour le Diner Livres Echanges de ce soir se caractérise par 2 choses :
- la qualité des 3 livres proposés
- la tristesse allant de la mélancolie à la noirceur de chacun. Bref, du pas franchement gai mais du franchement comme dans le cochon !

David Golder
Irène Némirovsky
Je viens d'en parler en bien ici

L'Adversaire
Emmanuel Carrère
Ma critique du 15-02-2011
L'analyse quelque peu dérangeante (mais ça fait partie de l'intérêt de cette lecture) de l'auteur sur la personnalité complexe de l'auteur d'un des faits divers les plus "estomacants" de la fin du XXe siècle : "Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand assassine sa femme, ses deux enfants, ses parents avant de prendre des cachets et de mettre le feu à sa maison. Il vivra."

Balzac et la petite tailleuse chinoise
Dai Sijie
Le 07-09-2010, j'en ai est trop peu parlé ici.
Je ne peux que redire tout le bien que je pense de ce livre émouvant et édifiant sur l'époque de la révolution culturelle et de la grande purge des intellectuel(le)s en Chine, "rééduqué(e)s" dans les zones les plus isolées et asservis aux tâches les plus physiques de la vie rurale. Pour deux adolescents de la ville, cet univers dur et violent se trouve soudain adouci par une petite tailleuse et quelques romans cachés dans la montagne.

David Golder (d'Irène Némirovsky)

Bonjour à celles et ceux qui aiment les histoires tristes
Bonjour aux zotres


A l'occasion du DLE de ce soir, je répare une injustice envers Irène Némirovsky à la limite de la honte totale : ne pas avoir parlé plus tôt de son roman David Golder.

Le sujet

Le 11/10/2010, j'avais écrit ce qui suit : "Malade, trahi et abandonné par les siens, David Golder, financier redoutable, pourrait accepter la ruine de sa banque. Mais pour sa fille Joyce, frivole et dépensière, sur laquelle il n'a d'ailleurs aucune illusion, le vieil homme décide de reconstruire son empire, et entame cet ultime combat avec une énergie farouche".

Mon avis

Ce qui précède était sans doute un 4e de couv car à l'époque, je n'avais pas encore lu ce roman, emporté à Dakar en juin 2011, dévoré au bord de la piscine du Novotel et laissé sur place comme tous les livres de poche que je lis à l'étranger.

Je garde hélas peu de souvenirs précis de ma lecture sinon la confirmation du talent de Irène Némirovsky, auteure découverte lors de ma lecture de Le Bal. Dans les deux cas le récit est grinçant, les ressorts de l'intrigue cruels et les rapports familiaux pour le moins peu enviables.

L'auteure dépeint dans un style à la fois fin et fluide la complexité des rapports humains entre sentiment de culpabilité, désir de vengeance, attachement paternel et fatalisme. Le panel des situations dramatiques et des réactions complexes décrites dans ce roman n'épargnent aucun protagoniste et personne ne sort grandi de cette histoire qui oscille entre noirceur et pathétique, grandeur et décadence, cruauté et résignation.

J'apporterai cet excellent roman au dîner livres échanges de ce soir. J'espère que tout le monde se battra pour le récupérer car il le mérite.

Quelques liens

Ma critique de Le Bal sur ce blog
Une critique de David Golder en espagnol
Une analyse détaillée intéressante plus qu'une critique (car pleine de spoilers)

Conclusion

A lire quand on a le moral et déjà plus trop d'illusions sur les relations humaines en général et les rapports familiaux en particulier.

vendredi 13 décembre 2013

Chien Blanc (de Romain Gary)

Bonjour à celles et ceux qui possèdent un chien et qui l'ont dressé pour donner la patte et recevoir des caresses
Bonjour aux zotres


Chien blanc est le premier roman de Romain Gary que j'ai lu il y a bien longtemps. Je me demande si je n'étais pas ado. Tout cela ne nous rajeunit pas mais je préfère me souvenir que ce livre fut une rencontre avec un grand auteur !

Le sujet

En 1968, sur fond de guerre du Vietnam et de mai parisien, Roman Gary qui vit alors avec Jean Seberg en Californie, recueille un berger allemand et s'aperçoit bien vite que l'animal est un "chien blanc" à savoir un chien qui a été spécifiquement dressé pour attaquer les noirs. Avec l'aide d'un noir, il va chercher à déprogrammer l'animal.

Mon avis

Ce livre est important parce qu'il fait réfléchir, parce qu'il analyse la haine, ses causes et son absurdité, parce qu'il transcende l'histoire individuelle quasi anecdotique de ce chien, il touche à l'universel, parce qu'il est étrangement moderne (qu'on soit d'accord ou non avec l'idée développée dans l'extrait sur la "société de provocation" on ne peut nier qu'il aurait pu être écrit hier).

Chien blanc est la fois un pamphlet contre les travers d'une époque, d'une culture mais aussi l'histoire personnelle d'une relation amoureuse et d'un engagement politique et sociétal. En cela, il constitue un témoignage important et empreint d'humanité qui constitue autant un document sociologique et ethnologique (Romain Gary n'est pas américain) qu'un autoportrait attachant d'un homme complexe, intelligent, profondément humaniste.

On ressort forcément un peu grandi(e) d'une telle lecture.

Quelques extraits (merci Babelio pour les 2 longs extraits)

Mes poings serrés proclament surtout l’impuissance des poings.

Je ne devrais pas leur en vouloir : ils ont des siècles d'esclavage derrière eux. Je ne parle pas des Noirs. Je parle des Blancs. ça fait deux siècles qu'ils sont esclaves des idées reçues, des préjugés sacro-saints pieusement transmis de père en fils, et qu'ils ont pieds et poings liés par le grand cérémonial des idées reçues, moules qui enserrent les cerveaux, pareils à ces sabots qui déformaient jadis dès l'enfance les pieds des femmes chinoises. J'essaie de me dominer, pendant qu'on m'explique une fois de plus que "vous ne pouvez pas comprendre, vous n'avez pas dix-sept millions de Noirs en France". C'est vrai : mais nous avons cinquante millions de Français, ce qui n'est pas jojo non plus.

J'appelle "société de provocation" toute société d'abondance et en expansion économique qui se livre à l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque à l'assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. Comment peut-on s'étonner, lorsqu'un jeune Noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé à la radio et à la télévision par une publicité frénétique qui le conditionne à sentir qu'il ne peut pas se passer de ce qu'elle lui propose, depuis le dernier modèle annuel "obligatoire" sorti par la General Motors ou Westinghouse, les vêtements, les appareils de bonheur visuels et auditifs, ainsi que les cent mille autres réincarnations saisonnières de gadgets dont vous ne pouvez vous passer à moins d'être un plouc, comment s'étonner, dites-le-moi, si ce jeune finit par se ruer à la première occasion sur les étalages béants derrière les vitrines brisées ? Sur un plan plus général, la débauche de prospérité de l'Amérique blanche finit par agir sur les masses sous-développées mais informées du tiers monde comme cette vitrine d'un magasin de luxe de la Cinquième Avenue sur un jeune chômeur de Harlem.
J'appelle donc "société de provocation" une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle dispose et qu'elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l'exhibitionnisme du train de vie, par la sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu'elle donne aux masses intérieures ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les besoins les plus élémentaires.

Quelques liens

Asphodèle trouve le livre important et bouleversant. Elle renvoit en outre vers d'autres critiques
Historianman précise : Prophétiquement (le livre a été publié en 1970), il dénonce déjà les évolutions qui sont celles de notre société actuelle : l'histoire mémorielle version repentance
" Il serait inique et indigne d'en vouloir aujourd'hui et de leur faire grief des crimes de leurs ancêtres, lesquels n'étaient pas des crimes à l'époque et la montée des communautarismes. Rien de plus aberrant que de vouloir juger les siècles passés avec les yeux d'aujourd'hui".
D'autres avis sur Babelio et plus d'infos sur Wikipedia

Conclusion

A lire AB-SO-LU-MENT !!! Chien blanc n'est peut-être pas mon roman préféré parmi tous ceux que j'ai lu de l'auteur mais c'est, de loin, celui que je trouve le plus essentiel. S'il n'est pas étudié au lycée, il devrait l'être.
Lire aussi Lady L, Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, la vie devant soi, la promesse de l'aube, etc. Tout Gary quoi !

mardi 10 décembre 2013

Beatriz et les corps célestes (Lucia Etxebarria)

Bonjour aux hispanophones
Bonjour aux zotres

J'ai lu ce roman lors de l'été 2012 entre Malaga et Séville car j'aime bien emporter avec moi des livres qui me parlent (un peu) de l'endroit que je visite même si ce roman ne se déroule ni à Séville ni à Malaga mais entre Madrid (que je ne connais pas encore) et Edimbourg (que j'ai vu superficiellement au cours d'un après-midi pluvieux d'octobre 2011).

Ce roman est le 2e de l'auteure et il a obtenu le prix Nadal 1998 (rien à voir avec le tennis évidemment). C'est le 3e que je lis d'elle et je l'ai énormément aimé comme les deux autres.

4e de couverture

" Beatriz tente de faire son chemin amoureux, et son chemin tout court, entre deux lieux, Madrid, sa ville d'origine, et Edimbourg, sa ville d'adoption, et entre deux amies aux corps célestes, Monica, la mangeuse d'hommes compulsive, et Cat, une lesbienne convaincue. A Edimbourg, Beatriz croisera Ralph, et... Et bientôt Beatriz, qui rêvait d'incendies, et qui se brûlait aux grands feux de l'amour, renaîtra de ses cendres, et pourra enfin vivre de quelques braises de passion partagée. En paix avec elle-même et avec les autres, Lucia Etxebarria épingle la comédie humaine, écrit entre le tendre et le cru, et fait superbement rimer amour avec humour. " Nord Eclair " On retrouve l'auteur d'Amour, Prozac et autres curiosités dans un roman plus dense et émouvant encore qui lui a valu le prestigieux prix Nadal. " 24 heures

Le sujet

Adolescente, Beatriz aime Monica mais la relation platonique qu'elle entretient avec cette dernière est aussi platonique que délétère. Pour se sauver de son emprise et de celle de ses parents, Beatriz fuit Madrid pour Edimbourg où elle rencontre Caitlayn et Ralph.

Mon avis

J'avais adoré Un miracle en équilibre, beaucoup aimé Amour Prozac et autres contrariétés et cette troisième lecture confirme tout le bien que je pense des romans de Lucia Extebarria. J'apprécie leur structure, leur modernité, leurs thématiques "féminité, sexe, famille, drogue, névroses", leurs références culturelles et musicales qui me parlent. J'aime la façon dont l'auteur mord dans les mots et les sujets sans faux semblant, sans pudibonderie ni vulgarité mais avec la modernité de ton empreinte de légéreté et de gravité à la fois qui fait tout le sel d'un roman attachant et efficace, profond et doux.
Quelques références musicales

Dans ce roman, l'univers musical occupe une place importante à travers un name dropping qui inclut par exemple the obital, the shamen, the orb, the prodigy, l'album caleidoscope de Siouxie & the Banshees et la chanson dear Prudence des Beatles. L'auteur cite aussi quelques paroles de chansons gothiques des années 80 : I play at night in your house... I've never loved this life... I drown at night in your house... Pretending to swim. Tout cela me parle.

Quelques liens

Critique élogieuse sur Voir Montréal

Quelques extraits

S'il ne tenait qu'à moi, je passerais mes journées à faire l'amour, pas seulement parce que j'aime ça, mais parce que c'est là que les choses atteignent leurs limites ; même si cela ne dure que trois secondes, je fuis, je sors de moi-même, je me gonfle de lumière et je m'éclaircis, heureuse, sans mémoire, accrochée à des lèvres qui inventent de superbes duperies. Je me dis alors que cela a un sens de continuer, malgré la certitude d'être toujours seule. (P.31)

A dix-huit ans j'étais encore vierge. Quant à Monica, elle avait déjà couché avec un tas de garçons. Nous n'étions pourtant pas si différentes, elle et moi. Le défaut ou l'excès en la matière signifiaient la même chose : fuir tout engagement, renoncer. (P.92)

Dans un style académique, je devrais dire que, quand nous faisions l'amour, c'était Ralph qui me possédait, me prenait. Cependant, c'était plutôt moi qui le possédais, qui l'accueillais puisqu'il entrait en moi. (P.255)

L'amour n'appartient qu'à lui-même, sourd aux prières, immuable devant la violence. L'amour n'est pas négociable. Seul l'amour est plus fort que le désir, l'unique raison juste de résister à la tentation. Jeannette Winterson Ecrits dans le corps (exergue partie 2)

Là où commence le désir, à l'endroit de la peur, là où rien n'a de nom et rien n'est mais paraît. Cristina Peri Rossi Désastres intimes (exergue partie 3)

J'aimerais penser qu'il y a du vrai dans l'aphorisme Amor vincit omnia. Mais s'il est une chose que j'ai apprise dans cette triste et courte vie, c'est que cette idée reçue est un mensonge. Et un insensé celui qui y croit. Donna Tart - Le secret (exergue de la partie 4)

Conclusion

Même si de Lucia Etxebarria mon roman chouchou reste Un miracle en équilibre, j'ai adoré Beatriz et les corps célestes, un livre riche, marquant, bien écrit et féminin au sens non péjoratif du terme.

vendredi 22 novembre 2013

2 livres (2 destins brisés de pianistes)

Bonjour aux pianistes
Bonne fête aux Cécile
Bonjour aux zotres


En ce jour de fête des musicien(ne)s je viens de refermer un magnifique roman sur la vie ou plutôt le destin brisé et secret d'un pianiste russe et, hasard ou pas, choix inconscient ou non, le précédent parlait du même sujet. Il suffit de remplacer la nationalité précédente par "française d'origine vietnamienne".

Je repense à Novecento d'Alessandro Baricco et à quelques films : Le pianiste de Polanski avec Adrian Brody, Partir Revenir de Lelouch avec Girardot, Anconina, Fabian, Trintignant, le magnifique De battre mon coeur s'est arrêté d'Audiard où, comme d'habitude, Romain Duris excelle, et la sublime et troublante Leçon de piano de Jane Campion primée à Cannes qui m'a fait découvrir un duo d'acteurs merveilleux : Holly Hunter et Harvey Keitel.

Et je me dis que, décidément, sur papier ou sur écran, toutes les histoires de pianistes son tristes, romanesques, hors du commun, douloureuses, exemplaires. Des vies qu'on ne peut envier mais qu'on découvre avec une émotion toute musicale.

Aussi, je ne saurais trop vous conseiller de lire, aujourd'hui ou uhn autre jour (mais assez vite tout de même) l'étrange Double vie d'Anna Song de Minh Tran Huy et le très beau, sensible et profond roman d'Andreï Makine La musique d'une vie.

mercredi 20 novembre 2013

Salon du livre (Radio France)

Bonjour à celles et ceux qui aiment les livres dédicacés
Bonjour à celles et ceux qui les écrivent et les dédicacent
Bonjour aux zotres


De 14h à 19h le 23 et de 14h à 18h le 24, vous pourrez faire dédicacer vos romans et essais d'hiver en face des locaux de Radio France ce week-end ! La liste des 200 écrivains invités fait saliver. J'ai retenu pas vraiment au hasard Assouline, Besson, van Cauwelaert pour samedi, Abecassis, Cabu et l'incontournable Jaenada pour dimanche !!! Il y aura aussi Sophie Herber la charmante auteure du guide des amateurs de littérature qui évoque les dîners livres échanges

Quelques liens

Infos pratiques ici et liste des auteurs là
Besson sur ce blog : là et là
Van Cauwelaert sur ce blog : ici et dans plein d'autres messages
Jaenada sur ce blog 9 fois ici et là et dans plein d'autres messages dont cette mini interview 9 questions et plein d'autres messages élogieux accessibles via la fonction recherche
Sophie Herber sur ce blog ici
Blog des dîners livres échanges là

vendredi 15 novembre 2013

En l'absence des hommes (quelques extraits)

Bonjour au lectorat de Proust
Bonjour au lectorat de Besson
Bonjour aux zotres


Voici quelques extraits notés au cours de ma lecture de En l'absence des hommes de Philippe Besson. Dès le début du roman, mon attention n'a été ni soutenue ni retenue, elle a été happée comme j'ai tenté de l'exprimer dans ma critique ici .

Votre attention est attirée, elle n'est pas retenue. (P.16)

Je n'ai pas l'expérience des corps mais je sais, comme une leçon apprise d'éternité, je sais d'un savoir absolu, qu'un corps qu'on enlace n'a pas cette rigidité. Je mesure exactement combien ce corps a été attaqué, entamé, meurtri, comme il a dû prendre l'habitude de se protéger, de se racornir, de se replier. Je mesure la densité de deux années de plomb. (P.39)

Combien de fois, au cours d'une existence, éprouve-t-on le sentiment net, exact qu'on rencontre quelqu'un qui comptera ? C'est ce sentiment que j'éprouve avec vous. Ah, si vous l'acceptiez, Vincent, je crois bien que nous pourrions être des amis. Je dis : je suis déjà votre ami. Au moment où nous parlons, cette amitié s'est déjà produite. (P.56)

Il faut tâcher d'être au plus près de la vérité. C'est ce qui exige le moins d'effort. (P.59)

Quand la porte se referme, je comprends que c'est autre chose qui commence, que je ne connais pas, où l'amour occupe tout l'espace alors que l'objet de l'amour n'est plus là. Je cherche ma respiration. Je ne pleure pas. Je ne pleure pas. (P.122)

C'est un deuil qu'il va me falloir faire, car c'est une disparition que je dois affronter. Je sais que tu es vivant, je prie pour que tu le restes. Mais je comprends que tu es inaccessible, que tu es là où je ne peux pas te rejoindre, et que j'ignore absolument la date de ton éventuel retour. Comment on résiste à cette folie, je l'ignore. Comment on surmonte ce genre d'épreuve, je l'ignore. Je suis dans cette ignorance intégrale, indépassable. Ta perte, c'est ma perte. (P.128)

Je suis au plus loin du moindre sentiment de culpabilité parce que je suis au plus près d'un sentiment d'amour. (P.146)

Tu manques à chaque instant. Chaque geste est incomplet. Chaque mot prononcé rencontre un silence. Chaque lieu traversé est vide de ton corps. Chaque regard est aveugle. Chaque minute est une morsure, un regret. Partout je sens ton odeur, ton désordre. Il me semble que, quelquefois, je pleure. Il y a ça : les pleurs. Je ne peux pas les empêecher. Ils surviennent sans que je puisse les empêcher. C'est le moment d'un désespoir affreux. C'est le moment où les souvenirs sont insupportable. Il faudrait ne pas avoir de mémoire. Il faudrait pouvoir tout oublier, être dans la pureté d'avant cette histoire. (P.158)

En l'absence des hommes (de Philippe Besson)

Bonjour aux hommes présents
Bonjour aux hommes absents
Bonjour aux hommes présents
Bonjour aux zotres


Il y a deux Philippe Besson. L'un commet des livres insipides et soporifiques. L'autre a fait la même école que moi, présente Paris Dernière et écrit de magnifiques romans. Le premier d'entre eux, En l'absence des hommes a été publié en 2001.

Le sujet

Pendant la première guerre mondiale, Vincent, un adolescent de 16 ans fait deux rencontres amoureuses et décisives. La première restera platonique, admirative et cérébrale et concernera Marcel Proust. La seconde est une passion ancillaire, déchirante et déchirée par la guerre puisqu'Arthur, le fils de la domestique, devra repartir au front. Entre cet ami illustre qu'il fréquente le jour et cet amant secret qu'il retrouve la nuit, entre le corps et l'esprit, Vincent apprendra la fin de l'insouciance, l'attente d'un homme absent.

Mon avis

Remarquable !
Dès les premières lignes j'ai été conquise par le style, par l'intelligence, par l'esprit (ce n'est pas la même chose), par l'atmosphère, par le contexte historique douloureux, par la sensibilité du texte mais aussi par le fait même que Marcel Proust devienne un personnage de roman.

Je ne le savais pas encore mais Philippe Besson récidivera puisque les derniers mois d'Arthur Rimbaud sont au coeur du tout aussi magnifiques Les jours fragiles, lu et tout autant aimé quelques mois plus tard.

Petit bémol sans importance : les 2 ou 3 dernières pages capillotractées et inutiles.

Un extrait trouvé sur le net

Je le trouve assez représentatif du style de l'auteur et de l'atmosphère qui se dégage du roman

Je ne suis plus un enfant. Il ne faut pas se fier aux yeux verts, à la peau de fille, à cette fragilité de l'apparence, à la gracilité. Il ne faut pas croire que les yeux baissés, c'est forcément la timidité. Je sais ce que je fais. Seize ans, c'est l'âge des possibles. Je ne m'interdis rien. Pourquoi m'interdirais-je quoi que ce soit ?

Quelques liens

Wikipedia Bio de l'auteur
L'express Critique élogieuse
Clara est transportée
Babelio Critiques et extraits

Conclusion

Philippe Besson est un auteur à découvrir impérativement et pourquoi ne pas commencer par ce premier et excellent roman ?

lundi 30 septembre 2013

La mécanique du coeur (Mathias Malzieu)

Bonjour à celles et ceux qui ont un coeur d'artichaut
Bonjour à celles et ceux qui ont une pierre à la place du coeur
Bonjour à celles et ceux qui ont une horloge dans la poitrine
Bonjour aux zotres

Mathias Malzieu est "avant tout" connu pour être le chanteur du groupe Dyonisos et l'ex monsieur Olivia Ruiz. Je ne suis pas certaine en revanche qu'on puisse encore dire qu'il soit "surtout" connu pour ça du grand public tant il possède d'évidentes prédispositions à la littérature grand public.

Le sujet

Jack nait à Edimbourg en 1874, le jour le plus froid du monde. Pour lui sauver la vie, la sage-femme un peu sorcière qui le met au monde remplace son coeur gelé par une horloge. C'est aussi elle qui l'élève et lui interdit d'éprouver toute émotion forte, en particulier l'amour. Lorsqu'il rencontre Miss Acacia, une petite chanteuse andalouse de passage avec le cirque qui l'emploit, il fera fit de cette recommandation mi-sagement-médicale mi-jalousement-maternelle et mettra tout en oeuvre pour retrouver et garder sa belle.

Mon avis

Outre qu'il est très réussi, empreint d'une douce poésie surréaliste et d'un romantisme jamais mièvre, ce roman est une magnifique preuve d'amour et on ne peut le lire sans imaginer un message à Olivia Ruiz tant il n'y a pas si loin de la femme Chocolat à Miss Acacia.

Le roman fourmille d'inventivité, de trouvailles douces-amères et l'on y croise une galerie de personnages improbables parmi lesquels le précurseur du cinéma que fut Méliès.

Ce livre met l'accent sur les sentiments et les motivations de chaque personnage beaucoup plus que sur leurs actes. Il en résulte un sentiment omniprésent de profondeur et d'humanité. Il s'agit d'une fable qui, sans lui ressembler en rien sur la forme et le fond, peut évoquer Le Petit Prince pour le supplément d'âme qu'il procure au lectorat qui fut et est encore nombreux.

Quelques liens

Ze Blog annonce d'une adaptation sous forme de film d'animation produite par Besson (sortie prévue début 2014). Superbes photos noir et blanc d'artistes connus prêtant leurs traits aux personnages. Visuels très Burtonien !
Wikipedia Bio de l'auteur
Wikipedia Page consacrée au roman

Conclusion

Tendre, émouvant, bien écrit, etc. La mécanique du coeur est un best seller de qualité traduit dans moult langues et c'est mérité ! Je lirai d'autres romans de Malzieu dont les titres comme "le plus petit baiser du monde" recèlent d'immenses promesses !

samedi 14 septembre 2013

Une video (où il est question des dîners livres échanges)

Bonjour aux livres échangistes
Bonjour aux zotres


Voici une petite promo fort sympathique concernant les Dîners livres échanges par Sophie Herber, auteure du Guide des amateurs de littérature à Paris (Parigramme).



lundi 1 juillet 2013

La jeune fille triste (de Gilles Perrault)

Bonjour aux jeunes filles tristes
Bonjour aux jeunes filles gaies
Bonjour aux jeunes hommes (tristes ou gais)
Bonjour aux zotres


Le 22 mars 2007, après avoir achevé le très court roman ou la très longue nouvelle, selon les points de vue, intitulée La Jeune Fille Triste signée Gilles Perrault, j'avouai que j'étais dubitative quant à l'intérêt de ce livre.

Le sujet

Issu du 4e de couverture : "En 1964, Sylvie, trente ans, retrouve la maison où, en 1940, elle a vécu quelques jours heureux, à l'écart des tumultes de l'exode, avec sa mère, son frère et un garçon aux yeux gris".

Mon avis

Je n'avais jamais entendu parlé de ce très court roman de 125 pages. Il s'agit du dernier volet d'une trilogie amorcée par "le garçon aux yeux gris" et poursuivie par "l'homme au bout du rouleau". En lisant le 4e de couverture, j'ai compris que "le garçon aux yeux gris" était le roman dont était tiré le film "Les égarés" de Téchiné (que je n'avais pas aimé malgré la présence lumineuse de Gaspard Ulliel au côté d'une Emmanuelle Béart plus caricaturale que jamais) et effectivement, en lisant le livre, on retrouve quelques allusions qui confortent cette intuition. Cela dit, il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu les deux livres précédents ou de connaître leur contenu pour comprendre ce qui se passe dans cette 3e et dernière "époque". (1)

De fait, il ne se passe pas grand chose et, dans ce pas grand chose, pas grand chose de passionnant et ce peu est raconté sans fioritures, ni profondeur, ni émotions, ni qualités particulières (sans défauts particuliers non plus à vrai dire). Perrault n'écrit ni bien ni mal, il écrit platement mais pas à la façon volontaire et talentueuse d'une Annie Ernaux qui travaille extrêmement sa "platitude" (très relative et recherchée) au service de son propos, mais parce que, sans doute, il ne peut faire autrement. (2)

Sous le prétexte de repérages pour un film, Sylvie passe revoir une maison où elle a passé quelques jours de son enfance, protégée dans cette grande bulle isolée du monde en guerre. Son dernier propriétaire est mort la veille et elle se retrouve face à son fils. Et puis voilà. Ils mangent des pâtes, le chien dort sous le lit, lui prépare le marathon, elle boit du vin... voilà, voilà... et puis quand même il se passe un truc surprenant vers la fin et là c'est hyper intéressant sur le plan humain mais ça ne fait qu'une quinzaine de pages qui ne font qu'effleurer en creux un sujet qui, développé à la manière employée par Paul Auster dans Leviathan ou d'un Philip Roth dans La tache aurait pu faire un roman passionnant.

On n'a pas le temps de vraiment s'ennuyer car le livre ne fait que 125 pages et ce format bâtard est peut-être une des clefs de son caractère vain et superficiel... il est trop long pour prétendre être une nouvelle efficace et trop court pour permettre le développement d'une ambiance, d'une quelconque épaisseur des personnages (auxquels on ne s'attache pas), d'un vague je ne sais quoi qui permettrait de s'en souvenir encore dans 3 jours. Bref, on nage dans une vacuité poussive qui n'est toutefois pas vraiment désagréable.

Conclusion

"Dommage mais sans gravité, c'est déjà presque oublié" avais-je écrit en 2007. Bizarrement, la fin de ma critique me donne pourtant envie de rejeter un oeil aux dernières pages de ce livre

(1) en revanche, j'avais dit le contraire à propos de Aimer à peine de Michel Quint. Là, je pense qu'il vaut mieux connaître Effroyables jardins avant de lire cette suite.

(2) Perrault a écrit des livres célèbres sur le débarquement et WW2 et aussi Le pull over rouge que j'ai lu avec intérêt quand j'étais ado. Registres non littéraires qui ne requièrent pas spécialement de posséder le style d'un prix Nobel...

lundi 17 juin 2013

La tâche (de Philip Roth)

Bonjour à celles et ceux qui ont mangé des spaghetti bolognaises en portant un haut blanc ce midi
Bonjour aux zotres


J'ai écrit ce qui suit le 18 mars 2005 et n'ai fait que supprimer des passages personnels, remanié et complété quelque peu le reste pour le diffuser sur ce blog. Après avoir lu 7 livres de Philip Roth, celui-ci reste de très loin mon préféré au point de mériter un coup de coeur.

Mon avis

La tache est un livre en tous points remarquables (fond, forme, style). Je partais pourtant avec un a priori très défavorable après avoir lu Le sein que j'ai détesté et avoir abandonné La contrevie au bout de 50 pages pour cause de nombrilisme-intellectuello-narcisso-complexo-judao-new-yorko-chiant...

La Tache a obtenu le prix Medicis du roman étranger en 2002 ce qui n'est pas nécessairement une preuve de qualité mais pas non plus une preuve du contraire.

Je ne sais pas quel est le livre de Roth considéré comme le plus représentatif ou son plus personnel (Portnoy et son complexe disent certains). Je sais que certains ont fait quelques remous... Je ne sais pas non plus celui qui est jugé comme son "meilleur" mais je ne suis pas forcément partisane de conseiller de commencer par le meilleur d'un auteur car que reste-il ensuite, hein ? Et puis cette notion est très suggestive...

Ce livre m'a fait penser à...

Les trois romans auxquels je vais faire allusion dans les lignes suivantes sont également trois ouvrages que je vous recommande d'ouvrir ASAP comme disent nous zami(e)s anglo-saxon(ne)s.

J'ai lu Leviathan de Paul Auster il y a très longtemps et j'avais adoré et les similitudes sont nombreuses avec La tache . Ca raconte un peu la même chose et de la même façon...

Un narrateur raconte par notes successives et en laissant certaines zones d'ombre et certaines interrogations en suspens, la vie d'un homme qu'il a connu et dont il apprend fortuitement qu'il avait un secret avec un entrelac de flash backs et de réflexions sur "l'Amérique d'aujourd'hui", sur fond d'affaire Levinski dans le cas de la Tache (mais ce n'est pas du tout le centre du livre, juste un fil rouge qui donne lieu à quelques réflexions sur l'état du monde... d'un certain monde).

Le portrait du héros, Coleman Silk, se dévoile peu à peu, mettant à jour toutes les ambiguités, toute la complexité du personnage. C'est magistralement structuré sur la forme et profondément intéressant sur le fond.

D'une certaine manière, pour cette analyse de l'état de l'Amérique, pour cette réflexion sur le comment et le pourquoi des choses, sur leur absurdité aussi et sur la logique de la haine et de la bêtise ou de la folie qu'elle suscite, ça m'a aussi un peu rappelé l'excellent Chien Blanc de Romain Gary...

Pour le milieu universitaire et certaines problématiques évoquées, j'ai aussi songé à Le problème avec Jane de Catherine Cusset.

Un lien

Je vous conseille l'excellente analyse du livre que propose un cahier bleu. Je comprends la remarque sur le côté bavard du livre : c'est ce qui m'avait tant dérangée dans La contrevie mais qui, dans La Tâche, prend toute sa signification.

Conclusion

Un livre intelligent, subtil, fort, réfléchi et faisant réfléchir... J'aime ça chez les hommes, j'aime ça dans les romans.

dimanche 3 mars 2013

Sélection bloguesque (de la semaine 09-2013)

Bonjour Lili Galipette
Bonjour Alice
Bonjour Mango
Bonjour Mister ICB
Bonjour aux zotres

Une sélection purement livresque cette semaine où l'on évoque deux de mes romans cultes : cliquer sur le mot quand pour accéder au message d'origine.

Quand le chat assassin revient
J'avais adoré ma découverte des aventures du chat assassin de Anne Fine. Je m'étais promis de découvrir les opus suivants de cette saga mythique de 7 à 77 ans (ma mère et ma petite cousine sont fans aussi !) et voici une piqûre de rappel qui me fait autant saliver qu'un matou face devant un canari dodu !

Quand Alice plussoit
Lors du dernier dîner livres échanges, j'ai apporté l'excellentissime roman d'Emmanuel Carrère D'autres vies que la mienne. Apparemment c'est Alice qui l'a récupéré et je suis heureuse de constater qu'elle a apprécié sa lecture autant que moi.

Quand il n'y a aucun problème avec un roman
Mango a apprécié Le problème avec Jane de Catherine Cusset qui doit figurer dans le top 9 des livres que j'ai le plus offerts autour de moi...

Quand je me pose la même question que Mister ICB
J'ai dû lire 5 romans de Jean-Philippe Blondel mon préféré étant Juke-Box, le premier que j'ai lu de cet auteur. Je ne savais rien de 6h41, son nouvel opus (pas même qu'il existait !), avant de découvrir la mini interview de Mister ICB si ce n'est que j'avais déjà envie de le lire. C'est encore plus vrai maintenant.

jeudi 21 février 2013

Tromperie (de Philip Roth)

Bonjour aux fidèles
Bonjour aux infidèles
Bonjour aux zotres

Tromperie est le 6e roman de Philip Roth que j'ouvre (j'avais vite abandonné Portnoy et son complexe et La contre vie), le 3e que je termine et le 2e que je termine en ayant apprécié ma lecture (j'avais détesté Le sein). Avec quelques réserves toutefois contrairement à La tache que j'avais adoré sans restrictions.

4e de couverture

Ni récit ni texte suivi, ce livre se compose d'une succession de dialogues entre Philip, romancier américain fixé pour un temps à Londres, et diverses femmes : sa maîtresse, son épouse et d'autres personnages féminins moins réels, parfois même rêvés.
Toutes parlent par la voix de l'auteur, Philip, l'alter ego de Philip Roth. Aucun fil conducteur ne relie ces conversations souvent lapidaires, sinon l'écho lancinant des obsessions habituelles de Roth - le sexe, l'adultère, la fidélité, l'antisémitisme et la littérature -, le vrai sujet étant l'exploration des recoins obscurs des vies et des âmes, des confins flous entre le réel et l'imaginaire.
Une investigation empreinte d'un mélange d'humour et de gravité qui demeure dans la veine de L'écrivain des ombres et La contrevie. Tromperie est un authentique roman d'amour, pétillant de verve et d'esprit, débordant d'émotion et d'érotisme, qui confirme l'inlassable inventivité de l'auteur.

Mon avis

Je pense que le 4e de couverture évoque bien un des reproches que je ferais à ce livre : son manque de construction aboutie qui donne à l'ensemble un aspect dillétante et superficiel alors que certains des thèmes abordés, notamment celui du titre, me semblent tout à fait passionnants et auraient mérité selon moi un traitement plus fouillé, plus analytique. Ici, on reste dans l'instantané. Celui de la mémoire ou du récit (où placer dans ce texte le curseur entre fiction et réalité ?) d'une part, celui des dialogues d'autre part.
Ils sont justement l'objet du 2e reproche que je ferais à ce livre : l'artificialité des dialogues qui pour la plupart sont particulièrement verbeux, ampoulés ou nombrilistes voire tout cela à la fois. Je défie quiquonque d'avoir eu un jour une discussion qui ressemble à celles relatées par Roth.

Quant au 3e reproche que je ferais à ce livre, il explique pourquoi je n'ai pas achevé deux de mes lectures de Philip Roth : le fait de tout ramener (ou tout au moins de ramener beaucoup de choses) au judaïsme de l'auteur ou de ses héros ainsi que les interminables considérations pour ne pas dire ergotages sur la condition juive. Cela m'agace, non pas que je nie le fait que les juifs ont beaucoup souffert et ont eu (et ont encore) bien des sujets de récriminination à travers les siècles mais je n'aime pas la manière dont Roth traite le sujet et le nivelle en confondant simples anecdotes et faits gravissimes.

Je trouve son systématisme à se définir comme juif obsessionnel, sans intérêt (car sans portée ethnologique) et contre productif dans ce qu'elle a de "victimisation" et, au fond, bien souvent je ne vois justement pas en quoi ses propos sont spécifiquement juifs et je ne comprends pas pourquoi il en réfute le caractère parfois universel.

Je ne pense pas que chacun de mes gestes, chacune des réactions de mes interlocuteurs/trices est conditionné par le fait que je sois une femme, que je sois occidentale, blanche, catholique par culture, athée par conviction, de droite par inclinaison ou que sais-je encore... Je crois certes qu'on est trop souvent réduit à une catégorie que celle-ci soit sexuelle, religieuse, sociale, politique ou autre mais pas systématiquement. La forme de communautarisme exacerbée que je ressens dans l'oeuvre de Roth me déplait. En cela, je trouve ses propos excluants et ma motivation à poursuivre ou non un de ses livres dépend justement du degré d'exclusion que je ressens. Il était nul dans La Tache où le propos était ailleurs, justement dans l'absurdité de la classification, des impératifs qu'elle impose en matière de politiquement correct et du rejet tout aussi absurde qui en découle. C'est pourquoi j'ai adoré ce roman.

Dans Tromperie, la question des rapports homme/femme et des rapports de l'auteur à son oeuvre d'une part et des lecteurs à l'oeuvre d'autre part, transcendent heureusement ce sujet et c'est cette vision là qui m'a intéressée même si je n'ai pas toujours apprécié la manière dont elle était exprimée (cf. ce que je dis des dialogues).

Quelques liens

Citations sur Babelio
D'autres extraits de Tromperie sur ce blog
Ma critique de Professeur de désir

Quelques extraits

A propos de la fin d'une liaison impossible (P.149)
- Tu connais le poème de Marvell ? (...)
"C'est de l'impossibilité qu'il fut engendré par le désir." Ce poème-là.
- Je croyais que c'était "désespoir" - engendré par le désespoir.
- C'est ça. C'était ça. Les deux.

Au cours d'une dispute avec sa compagne à propos du caractère réel ou fictionnel d'un personnage féminin du livre
Certainement pas. L'une est une silhouette esquissée dans un carnet au fil de conversations, l'autre estg un personnage très important empêtré dans l'intrigue d'un livre  complexe. Je me suis imaginé, extérieur à mon roman, en train de vivre une aventure avec un personnage à l'intérieur de mon roman. Si Tolstoï s'était imaginé amoureux d'Anna Karénine, si Hardy s'était imaginé mêlé à une aventure avec Tess - écoute, je suis mes inclinaisons là où elles me  mènent - Ah, et puis merde. Que suggères-tu, que je me surveille ? Que je ne cède pas à cette sorte d'impulsion de peur de... peur de quoi ? D'une opinion éclairé encline à la lascivité ? Eh bien ni par toi ni par personne d'autre, je ne serai jamais censuré de cette façon ! (P.176)

Sur le même sujet
C'est l'histoire d'une imagination en proie à l'amour.
- Mais si un jour il venait à être publié plus ou moins tel que, libéré de toutes interprétations, etc., les gens n'iront pas savoir que c'est tout simplement la petite histoire d'une imagination en proie à l'amour, pas plus que moi.
- En général ils ne le font pas, alors quelle différence ? J'écris de la fiction, on me dit que c'est de l'autobiographie, j'écris de l'autobiographie, on me dit que c'est de la fiction, aussi puisque je suis tellement crétin et qu'ils sont tellement intelligents qu'ils décident donc eux ce ce que c'est ou n'est pas. (...)
- (...) et si ça m'humiliait ?
- Comment pourrais-tu être humiliée par quelque chose qui n'est pas ainsi ? Ce n'est pas. C'est loin d'être moi - c'est un divertissement, un jeu, c'est une parodie de moi-même ! Moi qui me ventriloquise . Ou peut-être est-ce plus facile à comprendre présenté de l'autre façon - tout ici est falsifié sauf moi. Peut-être les deux. Mais des deux façons ou d'une seule, cela signifie mon chou, que c'est homo ludens !
- Mais qui pourrait savoir ça, à part nous ?
- Ecoute, je ne peux pas vivre et ne vis pas dans un monde de retenue, pas en tant qu'écrivain en tout cas. (...) la retenue, malheureusement, n'est pas faite pour les écrivains. (P.183)

Conclusion

Un roman qui peut agacer par ses côtés nombrilistes et par l'intellectualisme affecté des dialogue mais qui reste intéressant à bien des égards, surtout pour le traitement du rapport d'un auteur et de son entourage aux aspects fictionnels ou non d'un roman. Roth est paraît-il le plus grand écrivain américain vivant. Peut-être. Qui suis-je pour parler de façon circonstanciée de littérature US ? Cela dit, en tant que lectrice, cela ne m'empêche pas de trouver ses livres excessivement surcôtés.

lundi 18 février 2013

Sundborn ou les jours de lumière (par Philippe delerm)

Bonjour aux peintres
Bonjour aux fans de la peinture impressionniste
Bonjour aux zotres

Ce roman de Philippe Delerm a reçu le prix des libraires 1997. Il traînait chez moi depuis de nombreuses années, je l'avais ouvert un jour et mais très vite, j'avais interrompu ma lecture. Cette fois je suis allée rapidement au bout de ce roman que j'apporterai au dîner livres échanges du 28 février.

Ci-dessous un portrait de Karin Larsson et de sa fille Suzanne par Carl Larsson peint en 1885.

4e de couverture

Grez-sur-Loing, 1884. Autour de Carl Larsson vit une petite communauté de peintres scandinaves venus tester la lumière tant vantée par ceux que l'on nomme, encore par dérision, les « impressionnistes ». August Strindberg est là avec sa famille, Soren Kroyer les rejoint bientôt. Pour Ulrik Tercier, ils représentent la joie de vivre, la passion. Aussi, quand le groupe se délite, décide-t-il de partir pour Skagen, au Danemark, avec Soren Kroyer. Il est dès lors partagé entret différents lieux - Skagen, Grez et Sundborn, en Suède - qui incarnent autant de conceptions de l'art et de la vie. Sundborn ou Les jours de lumière, qui met en scène des personnages réels et romanesques, décrit par petites touches, légères et sensibles, les heurts, les cassures, les instants parfaits qui font une vie. Évocation de l'impossible conciliation entre l'absolu de l'art et les nécessaires compromissions de l'existence, ce roman empreint de nostalgie est également une célébration de la joie de vivre, et de peindre.

Quelques liens

Wikibio de Carl_Larsson
Site officiel consacré à Carl et Karin Larsson et à Sundborn
Ce qu'on dit du roman sur Wikipedia
Une critique élogieuse sur Inventeurs de lectures dont je retiens cette phrase clef en fin de message :
Je lis et déjà j'oublie. Captive des pages infiniment légères, j'ai envie de relire le livre à peine refermé.

Mon avis

Ce n'est pas un hasard si je commence par donner des liens avant de donner mon avis car cela me permet de rebondir sur la phrase citée plus haut et de préciser en quoi je suis d'accord avec celle-ci et en quoi mon avis diverge.

Oui, j'ai lu et déjà j'oublie.
Oui, les pages m'ont semblé infiniment légères et faciles à tourner grâce à la jolie plume de Philippe Delerm qui, un an avant la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules prouvait déjà dans Sundborn ou les jours de lumière qu'il était le photographe ou le peintre (ce n'est évidemment pas un hasard si j'emploie ce mot) des instants, des moments de bonheur, des plaisirs simples, des tableaux familiaux, du quotidien. D'ailleurs, à un moment donné, j'ai retrouvé avec amusement un paragraphe sur l'écossage des petits pois et la description de la sensation que cela procure de plonger la main dans un bol de pois fraîchement écossés. Cela fera ensuite l'objet d'un des chapitre du best seller mentionné plus haut.
La liste de mes acquiessements s'arrête ici : si j'ai lu ce roman vite et sans déplaisir, je n'ai aucune envie de le relire justement parce qu'il ne m'en reste déjà rien. Les mots et les idées (mais lesquelles ?) ont glissé sur moi comme sur une toile imperméabilisée.

En fait, je me suis demandée tout au long du roman où voulait en venir l'auteur, ce dont il voulait parler exactement, et je ne le sais toujours pas tant j'ai l'impression que beaucoup de sujets sont effleurés, suggérés comme certaines parties d'un corps sont volontairement à peine esquissés dans une toile de Monet.

L'auteur ne creuse pas suffisamment les biographies des artistes dont il parle pour constituer véritablement une référence bibliographique, il ne  creuse pas suffisamment les pages qu'il consacre à la peinture pour constituer un ouvrage de vulgarisation, il ne fait qu'effleurer des thèmes tels que les influences, les conflits artistiques, le lien entre vie et oeuvre, la nécessité vitale de la quête artistique comme aboutissement ou paliatif, la renonciation (celle de Karin Larsson qui peignait aussi avant de rencontrer son mari en France), etc.

On discerne deux fils conducteurs dans le roman qui semblent sous tendre les quêtes artistiques des personnages du roman voire les opposer dans une certaine mesure : la lumière et le bonheur et l'une des questions que semble poser les réflexions qui animent le texte est la suivante (selon ma compréhension personne de ma lecture) : la peinture doit-elle peindre le bonheur, la vie ou saisir l'instant présent, doit-elle privilégier le fond ou la forme, le réel ou sa perception ?

Conclusion

Une belle écriture et un sujet qui pourra intéresser ou ennuyer selon son degré d'intérêt pour la peinture et sa curiosité envers des artistes scandinaves connus ou un peu moins.

jeudi 14 février 2013

Le premier amour (de Véronique Olmi)

Bonjour à celles et ceux qui gardent la nostalgie de leur premier amour
Bonjour à celles et ceux qui n'en gardent que l'impact
Bonjour à celles et ceux pour qui il est toujours vivant

Pour la Saint Valentin, j'aurais préféré vous parler d'un roman d'amour réussi, vous dégoter une love-pépite mais non... C'est comme ça. Fatalistas !

Depuis quelques semaines, j'ai des lectures difficiles, lentes, ennuyeuses ou tout ça à la fois. Je ne parviens pas à me plonger vraiment dans un livre ni à le finir et la qualité de mes lectures n'est pas toujours en cause dans l'histoire, c'est juste une question de timing parfois. Â contrario, si j'ai achevé Le premier amour de Véromique Olmi ce n'est pas en raison de l'intérêt que j'ai porté à ce roman indigent mais bel et bien parce que je voulais toutes les cartes en main pour dire de la manière la plus objective possible pourquoi et à quel point ce livre est dispensable !

Le sujet

Emilie vit à Paris, elle est mariée avec Marc et leurs trois filles ont quitté le nid familial pour vivre leurs vies de femmes. Le soir où elle s'apprête à fêter ses 25 ans de mariage, elle tombe par hasard sur une annonce de Libération en déballant la bouteille de Pommard qu'elle prévoyait pour son dîner romantique. Sans avoir à réfléchir, d'instinct, elle quitte immédiatement son appartement (après avoir éteint le four tout de même) et prend la route pour Gênes afin de rejoindre, 30 ans plus tard, le beau Dario, son premier amour alors qu'elle n'était qu'une adolescente à Aix en Provence.

Mon avis - 90 % à jeter

Pfeuhhh. Par où commencer ? Peut-être par un élément de contexte. Lors de sa sortie en 2010, ce 8e roman de Véronique Olmi a pas mal fait parler de lui dans la presse, à la télévision et sur les blogs. J'ai d'emblée été attirée par le thème ou tout au moins ce que j'ai perçu du thème à travers ce que je lisais et entendais. Or, premier problème, les questions posées alors par les journalistes ne sont pas vraiment les thèmes traités (si tant est qu'il y en ait !) dans le livre. Ainsi, aux questions "qu'est-ce qui fait qu'un jour une femme de 50 ans quitte tout dans la seconde pour retrouver son premier amour ?" ou encore "Qu'est-ce qui unit de façon si spéciale Emilie à Dario ?".

Certes, le geste d'Emilie, cette impulsion soudaine après tant d'années est en soi peu crédible mais, au fil des pages, l'auteure aurait pu apporter des réponses à travers des événements forts, des raisons à la fois personnelles et objectives expliquant la marque indélébile de ce premier amour. Au lieu de ça, elle se perd dans des poncifs éculés de midinettes, dans une approche fantasmée de cette relation d'ado qui, dès lors, rend le présupposé de base du roman absolument aberrant.

Mais passons car c'est le lot de bien des romans de reposer entièrement sur une idée, un sujet que le/la lecteur/lectrice doit admettre au préalable pour apprécier sa lecture. Mais généralement, la règle du jeu est claire et c'est voulu, assumé par l'auteur. Ici, on a vraiment l'impression que Véronique Olmi n'en fait pas exprès et qu'elle croit vraiment que cette histoire tient debout et que les flash back à l'eau de rose dont elle saupoudre son roman parviendront à expliquer voire à justifier le départ d'Emilie. Or non. Jamais. Elle n'a même pas songé à exploiter l'explication la plus simple et la plus crédible qui aurait été l'usure du couple ou le fait de trouver un prétexte à une rupture. Même pas.

Quant à la 2e question, elle ne trouve pas plus de réponse que la première. Là encore, rien ne permet de comprendre ce que cette relation d'ado, aussi sincère, partagée et belle soit-elle a de plus qu'une simple relation d'ado qui justifierait qu'avec le recul elle ne soit pas reconnue comme telle par une femme de 50 ans, elle-même mère de filles plus âgées que l'âge qu'elle avait lorsqu'elle a connu Dario.

Je passe évidemment sur le hasard plus qu'improbable de trouver une annonce de Libé sur une feuille de journal entourant une bouteille de vin et surtout de la LIRE au lieu de simplement défaire l'emballage et froisser le tout direction poubelle. Je passe aussi sur le choix douteux qui ajoute à l'invraisemblance que ceci se passe justement le soir du 25e anniversaire de mariage de l'héroïne (tant qu'on y est ! pourquoi se gêner ?). Je ne relèverai même pas que celle-ci oublie son portable dans la précipitation (on n'est plus à ça près).

Tout cela est de l'ordre du grotesque mais bon, sans l'annonce il n'y aurait pas de roman (même si un message via les réseaux sociaux aurait été 1000 fois moins capillotracté !) et avec un portable Emilie aurait été obligée de dialoguer avec les siens, de s'expliquer, sans portable ça devient moins facile sauf, évidemment pour l'auteure qui peut ainsi faire l'économie de penser, de creuser la psychologie de son personnage et la dynamique du couple, de la famille.

Véronique Olmi se dispense allègrement de tout cela et afin de se compliquer la vie le moins possible, les rares échanges familiaux se terminent rapidement par un "il a raccroché" ou "elle s'est levé et est partie" tellement commodes pour masquer le vide analytique, l'absence de fond du roman.

Mais le pire, à mon avis, ce sont les personnages secondaires croisés par l'héroïne au cours de sa descente dans le sud, des figures improbables et caricaturales, prétextes à anecdotes sans queue ni tête et à remplissages de pages inutiles, dénuées de sens et de logique (pauvres arbres).

9 % à garder

Je dois avouer qu'outre celle évoquée en début de message, trois autres raisons m'ont fait poursuivre ma lecture :
1 - le roman est court
2 - il se lit d'autant plus vite et facilement que les chapitres sont eux-mêmes brefs et, selon un principe tellement répandu actuellement qu'il commence à sentir l'usure, il alterne moment présent et souvenirs du passé où alternent (encore !) scènes familiales et moments partagés avec Dario.
3 - si le Dario ado ne m'a pas plus intéressée que le Dario adulte, j'ai en revanche trouvé que le rapport d'Emilie avec ses parents, avec sa soeur Christine était étonemment juste et intéressant. J'insiste sur le étonemment dans cet océan de médiocrité que consitue à mes yeux le reste du roman.
C'est bien évidemment ce 3e point qui m'a sauvée de justesse de l'affliction et de la colère et qui me fait dire que je n'ai pas tout à fait perdu mon temps en tournant les pages de ce livre.

1 % de quoi au juste ?

Enfin, puisqu'il faut en parler sans en parler vraiment... Enfin cette fin tant attendue pour la délivrance qu'elle représentait plus que pour le dénouement qu'elle révélait... Eh bien je baisse les bras. C'est groteste, abracadabrantesque, absurde, délirant. Tout sonne faux des dialogues aux situations, des sentiments aux "révélations". J'ai détesté tant de mièvrerie mâtinée d'une tendance à loucher du côté de la chanson réaliste du début du XXe siècle façon Berthe Sylva. J'ai détesté, surtout, cette sensation d'être prise pour une demeurée.

Conclusion

Ne perdez pas votre temps, lisez autre chose ou, vraiment, si vous insistez, ce sera pour les 9 % de pages que j'aurais gardées si j'avais été l'éditrice de ce roman moins que banal, plus que bancal et baclé.

lundi 28 janvier 2013

Les 4 livres (que j'apporterai au DLE du mardi 29/01)

Bonjour à celles et ceux qui viendront à l'Essentiel (14e)
Bonjour aux zotres

Voici les 4 romans que j'apporterai ce soir. A ce jour et pour des raisons différentes, aucun ne fait l'objet de critique sur ce blog.

Plus d'infos sur le DLE du 29 ici. Il se déroulera dans un excellent bistrot à 2 pas du métro Plaisance.

Une enfance australienne
Sonya Hartnett
J'avais adoré Finnigan et moi dont j'ai parlé plusieurs fois sur ce blog. Même si les points communs sont nombreux à travers le thème de l'enfance blessée notamment, je suis restée plus en retrait vis à vis de ce 2e roman de l'auteure. Cela dit, il possède énormément de qualités et, indéniablement un ton et un angle d'approche pour le moins inédits et surprenants. Et tristes.

Premier amour
Véronique Olmi
Je sais que beaucoup ont aimé ce livre mais pas moi. Je n'ai cru à rien de cette histoire d'un premier amour mélo et encore survalorisé (voire fantasmé) 30 ans plus tard. Tout sonne faux, toc, mélo à l'exception toutefois des relations de l'héroïne avec sa soeur et sa famille qui, de très loin, offrent les pages les plus intéressantes et vraies du livre. C'est ce qui fait que je ne regrette pas ma lecture au final. L'écriture, sans être désagréable ne présente pas non plus d'intérêt particulier.

Au coeur de ce pays
J.M. Coetzee
Un huis clos dramatique dans une ferme isolée qui est sensé être une métaphore de la société sudafricaine contemporaine. J'ai suspendu ma lecture très vite non pas que le thème ou l'écriture ne présentent pas d'intérêt, je dirais même au contraire dans l'absolu mais il se trouve que ce roman n'est pas pour moi. Ca arrive sans que ça remette nécessairement en cause la qualité du texte.

Une demoiselle comme il faut
Barbara Pym
J'ai beaucoup de tendresse pour les personnages entre deux âges et sans vie esmoustillante de Barbara Pym. Ces vieilles filles britanniques discrètes, ces bedeaux dévoués, ces célibataires falots, ces locataires tranquilles... des vies pâles et sans éclats qui ne provoquent ni passions ni événements mais que Pym dépeint avec justesse, finesse, humour... avec humanité.
Je n'ai pas encore lu cet opus que je possède en 2 exemplaires.

Quelques liens
Sandrine avis mitigé sur le Hartnett
Qd9 Finnigan et moi : coup de coeur !

lundi 14 janvier 2013

Le potentiel érotique de ma femme (de David Foenkinos)



Bonjour à celles et ceux qui possèdent un fort potentiel érotique
Bonjour aux fans de Foenkinos
Bonjour à celles et ceux qui le sont moins
Bonjour aux zotres

Contexte actuel

Je précise tout d'abord que ce qui suit a initialement été rédigé le 08/08/2007. Je l'ai à peine modifié en gommant notamment les prénoms. En relisant les extraits cités, je grimace en me disant que c'est encore pire que ce dont je me souvenais.

Contexte d'alors

Je viens d'achever "Le potentiel érotique de ma femme" de David Foenkinos. Lorsque je l'ai emprunté à une mienne amie qui l'avait reçu lors d'un dîner livres échange, j'étais plus que confiante en raison des critiques élogieuses de diverses lectrices et blogueuses énamourées de cet auteur. Eh bien, quelle déception !!! Mon amie n'a pas aimé non plus et apparemment pour les mêmes raisons que moi.
Le sujet

Hector est un personnage sans grand intérêt et grand collectionneur de tout et rien devant l'éternel. Il rencontre Brigitte dans une bibliothèque et l'épouse... Dès lors, il abandonne toutes ses collections passées pour ne se consacrer qu'à celle de moments de la vie de sa femme douée d'un potentiel érotique bien précis et apparemment énorme.

Mon avis

Prrrrrrrrrrrrrrrr... Que dire ? Je situerais David Foenkinos entre Philippe Jaenada que j'adore et Martin Page dont je n'avais pas du tout mais alors là pas du tout aimé le minuscule roman (par la taille et l'intérêt) "Comment je suis devenu stupide". Foenkinos partage avec Jaenada et Page la conviction que la littérature ne doit pas forcément se prendre au sérieux.

Il partage avec le premier une habileté à ponctuer son récit de bons mots et de tics d'écriture érigés en gimmick comiques mais les bons mots ne font pas un roman intéressant et, de fait, l'histoire du "potentiel érotique de ma femme" ne l'est pas. Ils ne suffisent pas non plus pour écrire bien et, de fait encore, sans dire qu'il écrit mal (quoique), Foenkinos n'a vraiment pas une plume exceptionnelle.

Certaines phrases sont grammaticalement douteuses et/ou à la limite du compréhensible et certaines métaphores sont pour le moins surprenantes au point qu'on se demande si, parfois, Foenkinos ne confond pas deux mots (exemple à propos d'un homme âgé : une peau "raccourcie" au lieu "rabougrie" ???).

De plus, là où Jaenada sait valoriser ses propres tics d'écriture (les parenthèses) et les transformer en purs moments d'humour décalé, ceux de Foenkinos (la juxtaposition d'un verbe et d'un substantif de la même racine créant une répétition au sein de la phrase) sont souvent lourds et rapidement lassants.

Il partage avec Page, le début du roman (à tel point que je me suis demandée qui avait pompé sur qui), un certain talent pour trouver de bons titres (à moins que ce ne soit leurs éditeurs respectifs) mais surtout une forme d'humour absurde que je n'aime pas du tout, que je trouve même assez bêbette pour ne pas dire complètement con dans certains cas (celles et ceux qui l'ont lu comprendront) :

- le concours de badges
- la mort du père de Bernard
- le portrait de Gérard
- la video
- l'explication post video
- quand Gérard a les mains dans le dos
- le dîner chez des amis
J'aurais (hélas) pu donner d'autres exemples mais je ne voulais pas faire de spoilers.

Ajoutez à ce qui précède que les personnages n'ont aucune profondeur et ne sont pas le moins du monde attachants, que Foenkinos se limite bien trop souvent au factuel, au descriptif (ce qui est dommage car les meilleurs passages du livre sont ceux où il est analytique) et vous comprendrez que j'étais contente lorsque j'ai vu le mot fin arriver.

Extraits

Après une tentative de suicide. J'avoue que j'adore cette formule (un zeugma). Là, j'ai vraiment ri. (P.16)
Hector nous fit un malaise. (...) Il fut découvert plus près de Châtelet-Les-Halles que de la mort.

Le livre regorge de petites phrases péremptoires et un peu creuses (un peu comme dans "L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery. Certaines sont de beaux truismes, celle-ci est fausse.
Collectionner est une des rares activités qui ne repose pas sur la séduction (P.21)

Malgré quelques bizarreries et lourdeurs stylistiques, sans doute mon passage préféré du roman.
Cette attitude qui consistait à ne pas casser le mythe du fils épanoui impliquait des difficultés et un travail redoutable sur soi. Ces choses sont plus simples à imaginer qu'à accomplir. Faire croire qu'on est heureux est quasiment plus difficile que de l'être réellement. Plus il souriait, plus ses parents se détendaient ; ils étaient fiers d'avoir un fils heureux et gentil. Ils se sentaient aussi bien qu'avec un appareil électroménager humiliant la date limite de garantie en prenant des poses d'éternel viager. Aux yeux de ses parents, Hector était une marque allemande. Aujourd'hui c'est plus dur que jamais, la confidence du suicide est au bord des lèvres semi-bleues, pour une fois, il aimerait ne plus jouer la comédie, être un fils devant ses parents, pleurer des larmes si grosses qu'elles emporteraient, dans un torrent, la douleur. Rien à faire, un sourire sur son visage fait barrage et entrave comme toujours la vérité. (P. 27)

Quelques jolies formules, fines observations et bons mots du livre
Si nos relations familiales sont des films vus du premier rang (nous ne voyons rien), les parents d'Hector rentraient carrément dans l'écran. (P.26)
Ernest avait déjà sa femme, il la trompait sûrement avec une brune du département litiges sociaux, mais sur les photos de famille, ça ne se voyait pas. On construisait une belle apparence. (P.73)
(à propos d'un docteur) Il fallait être pressé pour soigner une réputation (c'était bien la seule chose qu'il soignait). (P.16)
Son futur lui paraissait flou ; son futur était un cliché de paparazzi. (P.34)
(à propos de sa nièce) Face à l'innocence on est face à la vie qu'on ne vit pas. (P.35)
Au moment où le mur de Berlin s'effondrait, il avait rencontré une Laurence et ils construisaient depuis une relation stable. (P.46)
Marcel avoua qu'il était de mèche avec un coiffeur (...) (P.51)
(le jour du mariage d'Hector) derrière les arbres du jardin, à l'ombre de l'amour des mariés (P.74)
Elle se retourna, inlassable féminité, et quitta ses rêves pour l'homme de son lit. (P.87)
L'évanescence captée, la sensualité attrapée, il aurait pu mourir ce jour-là puisque Thomas Mann avait écrit "Celui qui a contemplé la beauté est déjà prédestiné à la mort." (...) Mais Hector ne savait pas qui était Thomas Mann, alors il pouvait survivre. L'inculture sauve bien des vies. (P.92)
comme tout judéo chrétien qui habite Paris, il fut rattrapé par une culpabilité rive gauche. (...) La honte boitait sur sa figure. (P.112)

Outre le vide de la formule... aïe aïe aïe la grammaire...
Ce fut ces instants d'avant l'amour où l'on se dévoile dans l'innocence des évidences. (P.61)

Là encore sur le plan de la grammaire et où de la syntaxe ça cloche (mais que font les éditeurs ? c'est le job, non, de ne pas laisser passer des trucs pareils (surtout dans un bouquin de moins de 200 pages))
On ne pouvait pas savoir qui prenait le plus de plaisir, l'omniscience s'arrêtait devant les orgasmes possibles. On savait juste qu'Hector, au moment de venir, alors que sa tête avait été une coquille vide, au moment de jouir, était hanté par cette image, Brigitte qui lavait les vitres. (P.88)
Ils avaient joué leur crise, et puis voilà, on oubliait tout. (P.107)
Plus tard, quand il serait chez le médecin, mardi prochain en fin d'après-midi, le docteur Seymour essayera de vous prendre entre deux rendez-vous avait dit Dolorès l'assistante intérimaire, puisqu'il avait insisté pour voir se radiologue, on lui confirmerait une fêlure. (P.131)
La vieillesse réduit l'espace vital des couples. On finissait l'un sur l'autre comme si on se préparait pour la concession. A cet âge où l'on n'a plus grand chose à se dire, il fallait enchaîner les banalités. (...) Son père parlait de moins en moins, elle souffrait de ne plus trouver de sujet de conversation qui l'intéressaient. Il ne voulait jamais parler du passé. Ni du présent ni du futur finalement. Alors elle le regardait, cet homme vieux qui était son père. Son visage plissé par une peau aussi raccourcie que le temps qui lui restait à vivre. En l'observant, bien loin de déprimer, elle pensait plus que jamais qu'il fallait profiter de la vie. (P.167)

Le livre regorge de ce genre de phrases supposées marrantes mais qui ne m'amusent pas vraiment.
Hector s'insurgea, mais d'une manière somme toute ridicule puisqu'il ne savait pas très bien s'insurger. (P.23)
Hector suait ses dernières gouttes de sueur. (P.70)
Laurence faisait de nombreuses connaissances et l'on pouvait croire qu'elle connaissait bien le lieu car elle adorait montrer à ses connaissances des endroits qu'on ne connaissait pas. (P.74)
Parfois l'ennui les prenait par surprise, lors de certains mardis ou samedis sans surprises (P.83)
"Hector tu as replongé !".
Dans un premier temps, Hector pensa piscine. Puis, il sortit la tête de l'eau pour comprendre le sens figuré du mot "replongé". (P.103)
François Mitterrand était mort d'une longue maladie longuement cachée aux français. (P.125)

Conclusion

Le plus réussi dans le roman : son titre.180 pages pendant lesquelles je me suis ennuyée.
Allez lire les critiques élogieuses précédemment écrites sur ce livres et/ou faites vous votre propre opinion. Bref, je ne suis pas convaincue par le potentiel stylistique de Foenkinos.