mardi 6 décembre 2011
Gorée 2011 (6/31)
Il règne une certaine douceur de vivre à Gorée où ne vivent qu'un petit millier d'habitants. Eric Serra, le compositeur fétiche de Luc Besson, y posséderait une maison de même que France Gall ou Youssou N'Dour.
Cris (de Laurent Gaudé)
Bonjour à celles et ceux qui ont envie de crierBonjour à celles et ceux qui ont envie de pleurer
Bonjour à celles et ceux qui se taisent mais n'en pensent pas moins
Bonjour aux zotres
Lorsque je pars à l'étranger, je lis peu. Dans mon cas, le changement d'air et de culture ne semble pas propice à la découverte romanesque c'est pourquoi je n'emporte que des livres peu épais, moins de 150 pages généralement et je les abandonne sur place à mon départ (ça c'est parce que je trop de souvenirs).
Il se trouve que j'ai lu Cris de Laurent Gaudé quasiment d'une traite à Barcelone et que je n'ai pas pu me résoudre à abandonner mon exemplaire de cet admirable roman.
Le sujet
Quelque part en première ligne, de courts témoignages de soldats après ou avant l'assaut évoquent l'angoisse, la folie, la fraternité, la mort, l'absurdité de la guerre dont bien peu sortiront intacts.
4e de couverture
Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front, «l'homme-cochon». A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité. Dans ce texte incantatoire, l'auteur de La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et du Soleil des Scorta (prix Goncourt 2004) nous plonge dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.
Mon avis
Cris est le premier roman de Laurent Gaudé et, bon sang, quel livre !
Je ne sais pas comment l'auteur a travaillé pour ce roman. S'est-il beaucoup documenté ? A-t-il lu ou recueilli des témoignages ? A-t-il simplement laissé parler son humanité et imaginé ce qu'un homme doit ressentir en enfer ?
Le résultant est saisissant. Gaudé réussit la prouesse de manier une lange lyrique, parfois poétique, tout restant particulièrement juste, économe de mots d'où l'émotion jaillit sans ostentation, sans préciosité, sans effets mais avec gravité, profondeur et l'héroïsme ordinaire des sacrifiés.
C'est remarquable.
Cette lecture marquante n'est pas sans évoquer La Mort du roi Tsongor que j'avais adoré également et, dans une moindre mesure La porte des enfers (que j'avais nettement moins apprécié) et on y retrouve le souffle épique et la thématique du sacrifice (et de sa pleine conscience) qui semble sous tendre l'oeuvre de Gaudé.
Extrait trouvé dans une critique de Dédale sur Biblioblog
JULES - Je marche. On me laisse passer. On pousse les jambes. on se colle contre la paroi. je pense à Boris et à Marius qui n'ont pas reçu de petit papier bleu. Je pense que je pourrais déchirer le mien. Mais je ne le fais pas. je marche le long des boyaux. Je n'éprouve pas de fatigue. Mais aucun soulagement non plus. le sifflement dans l'oreille continue à me rappeler les bruits de la journée. Gerbes de terre. Course à pied. les cris. Les balles. le souffle coupé. impossible de dire ce qu'il s'est passé. Ce n'est qu'un grand nuage de fumée traversé par des hommes terrifiés. Les mains qui tremblent. Des corps qui tombent. Je suis un rescapé.Je crois de plus en plus de nouveaux. Par petits groupes affairés. Est-ce qu'ils comprennent d'où je viens en me regardant passer ? Est-ce qu'ils voient, à la façon dont j'avance, que je luis plus vieux qu'eux de milliers d'années ? Je suis le vieillard de la guerre qui rase les parois des tranchées. Le vieillard de la guerre qui n'entend plus rien et marche tête baissée. Ne pas faire trop attention à eux. Rester concentré sur mes jambes. je dois tenir jusqu'au train. Ils prennent place dans les tranchées. Je connais le nom de ceux qu'ils remplacent. J'ai mangé avec les cadavres qu'ils ensevelissent. mais que leur importe le nom des tuées. C'est leur tour, maintenant, de jouer leur vie aux dés. Ils sont nombreux. Forts et bien équipés. Je ne suis plus un homme, comme eux. Je sors de la dernière tranchée maintenant. Voilà. La marche va bientôt cesser. la gare est là. Je lève la tête. je n'en crois pas mes yeux. Une foule incroyable de soldats, d'armes et de caisses entassées. Des trains entiers ont dû se succéder pour déverser ce peuple de soldats. Ils piétinent le sol sans avancer. Encombrés par leur propre nombre. Ne sachant où aller. Attendant de recevoir des ordres. Attendant de connaître leur affectation. Attendant pour monter au front et prendre position. Une foule entière. Une nouvelle vague pour tout recommencer. Je me fraye un passage. Nous sommes si peu à prendre le train dans l'autre sens. Je me fraye un passage au milieu de ceux qui vont me succéder. Ils ne tarderont pas à me ressembler. Je garde la tête baissée. Je ne veux pas qu'ils me voient. Je ne veux pas leur laisser voir ce que sera leur visage épuisé. Je suis le vieillard de la guerre. j'ai le même âge qu'eux mais je suis sourd et voûté. Je suis le vieillard des tranchées, je marche la tête baissée et monte dans le train sans me retourner sur la foule des condamnés.
Très bel extrait complet à lire chez Liliba
Je meurs. Qui se souvient de moi ? (...) Le raz de marée qui m'emporte n'était qu'une vaguelette. Je meurs maintenant et cela me fait sourire car il m'est donné de voir, dans ces dernières hallucinations convulsées, les millions de souffrances auxquelles j'échappe."
LiensLiliba qui m'a fait découvrir Gaudé (merci!) - lecture-ecriture - philo-au-fil-des-mots - In cold blog
Conclusion
Un must. J'ai cru comprendre que ce livre était étudié en classe et qu'il passionnait les élèves. Tant mieux.
Dakar 2011 (6/31)
Ancienne capitale de l'Afrique occidentale française oblige (avant 1902 c'était Saint Louis), Dakar est parsemée de maisons coloniales pimpantes plutôt bien conservées et relativement entretenues (en comparaison des baraques crasseuses et pitoyables que j'ai vues à Conakry et des ruines lamentables (de bâtiments parfois sublimes) qui jalonnent honteusement Casablanca.
lundi 5 décembre 2011
Gorée 2011 (5/31)
Portrait chinois (concocté par Daniel)
Bonjour DanielBonjour les zotres
J'ai été taguée par Daniel sous forme de portrait chinois. Ca tombe bien, j'adore ça ! Voici les 10 questions qu'il me soumet.
- Une région du monde
L'Europe : c'est suffisamment vaste et varié pour permettre de belles découvertes architecturales, picturales, sculpturales, olfactives (ah ! l'odeur incroyable des orangers à la tombée de la nuit dans les rues étroites du quartier juif de Cordoue !!!), shoppinnesques (ça compte aussi ! Essayez d'acheter 5 paires de chaussures en 2 jours à Conakry !) et gustatives des plus réjouissantes. L'Europe est, à mes yeux, un continent incomparable en termes de culture, de liberté, de diversité, de beauté, de goûts... et c'est chez moi. J'adore quitter l'Europe, découvrir des ailleurs aux us, coutumes, cuisines différents mais j'aime aussi y revenir plus consciente à chaque retour de la chance que j'ai de vivre ici et maintenant et de faire partie des 1% de personnes les plus privilégiées de la planète.
- Un restaurant
Houlalalala... Je ne pourrais jamais être un seul restaurant ! Impossible, j'aime trop manger et découvrir de nouvelles saveurs pour ça. Je vais contourner la question en disant où j'ai le plus envie d'aller : le First, le restaurant de l'hôtel Westin à Paris car le chef actuel des lieux a été apprenti boucher chez mon père quand il avait 16 ans.
- Un fruitLe fruit défendu
- Un légume
Le concombre... Non, aucun rapport avec la question précédente ou avec la suivante. Simplement coupé en fines rondelles et assaissonné à la crème fraîche avec des ciboulettes ou des cives émincées, je pourrais en manger des kilos.
- Une fêteCelle des sens
- Un bruit
Un soupir (de plaisir)
- Un objet indispensable
Un sac à main avec plein de pochettes de rangement car ça permet de transporter un tas d'autres objets indispensables : un appareil photo, plusieurs stylos, une carte bancaire, un livre, des post-it, du parfum, etc.
- Un appareil high-tech
Un ordinateur qui, à l'instar d'un sac à main, concentre plein d'autres possibilités : écrire, téléphoner, regarder la télé, filmer, faire ou écouter de la musique, etc. (à quand l'ordinateur fer à repasser ou grille pain ?).
- Une actrice
Je n'en sais rien, je ne suis ni fascinée ni particulièrement admirative d'aucune actrice en particulier. Claudia Cardinale pour sa beauté, Romy Schneider pour son jeu (ah ! ses larmes dans la scène culte de l'important c'est d'aimer !). Fanny Ardant pour sa classe et sa voix. Je ne sais pas...
- Une montagne
La plus parisienne d'entre elles : la montagne Sainte Geneviève
Si j'ai bien compris la logique du tag, je dois à mon tour imaginer 10 questions et les soumettre à quelqu'un(e) d'autre... Alors, je passe le relai à Didi, Kenza, Miss Zen, Polly et Mango et j'aimerais savoir...
Si tu étais... une épice, un aromate, un végétal, un minéral, une couleur, un film d'animation, un jeu de société, une station de métro, une maladie, un meuble.
Dakar 2011 (5/31)
En fait, si je n'ai pas été invitée à prendre le thé au palais présidentiel, il y avait une bonne raison à cela : le président n'était pas là. Son absence ou sa présence sont signalées par un code au niveau des drapeaux qui flottent au dessus de la façade. Il semblerait qu'il y en ait un second quand il est à la maison.
dimanche 4 décembre 2011
Lectures bloggesques (de la semaine 48-2011)
Bonjour CynthiaBonjour Didi
Bonjour Kenza
Bonjour à celles et ceux qui ont vu Intouchables
Bonjour aux zotres
Après un looong silence, je reviens à la bonne vieille tradition de la sélection bloguesque dominicale. J'ai des mois et des mois de retard de lecture sur les blogs. Je ne tenterai pas de les rattraper mais simplement de renouer avec un des plaisirs que j'avais mis de côté ces derniers temps. Cliquez sur le mot quand pour accéder au message d'origine.
Quand Didi fête dignement le 22 novembre
Moi aussi j'ai eu la chance, il y a longtemps déjà, de visiter Albi la rouge et sa belle basilique Sainte Cécile
Quand Kenza aiguise notre gourmandiseLa bûche n'est pas mon gâteau préféré, loin de là, mais j'avoue saliver devant la plupart de celles présentées par Kenza. Cela dit, je les accompagnerais plus sûrement d'une coupe (voire d'une bouteille) de Champagne que de thé à la menthe ! Si vous aimez, 35 bûches sont à dévorer des yeux ici. La composition vous mettra l'eau à la bouche, les prix risquent revanche de vous couper la digestion.
Quand une critique dézingue Intouchables
Tous les avis ont droit de cité. Certains arguments de cette critique ne sont pas faux, d'autres complètement capillotractés en revanche. Moi j'ai adoré Intouchables et je pense le revoir en salle bientôt (chose que je ne fais jamais habituellement).
Quand un challenge confine à la B.A.
Cynthia propose que nous déterrions de nos PAL respectives, le pauvre livre qui y croupit depuis le plus longtemps et que nous le lisions enfin ! Pour ma part, c'est sans doute Du côté de chez Swann de Proust. Mais dans quel carton se trouve-t-il ?
Dakar 2011 (4/31)
samedi 3 décembre 2011
intouchables (jusqu'où ?)
"Intouchables" battra t-il le record incompréhensible du très mauvais et insipide "Bienvenue chez les Chtis" dont le seul intérêt, à mes yeux, réside dans l'irruption instantannée du rideau de pluie dès que Kad Mérad franchit les limites du département du Nord ? (De Danny Boon, "Rien à déclarer" était, mine de rien, bien meilleur).
Je trouve que ça serait vraiment bien qu'un film avec un vrai scénario et de vrais dialogues reprenne la tête du box office français...
Je trouve que ça serait vraiment bien qu'un film avec un vrai scénario et de vrais dialogues reprenne la tête du box office français...
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