samedi 26 février 2011

Comme un boomerang (Serge Gainsbourg)

Hommage à Serge
Bonjour aux zotres

Serge Gainsbourg est décédé il y a 20 ans déjà. Mélodiste hors pairs, poète sachant jouer avec les subtilités de notre langue et manier finement les alitérations et les assonances, ses chansons nous reviennent heureusement heureusement aux oreilles et au coeur comme des boomerangs de talent.

vendredi 25 février 2011

Grâce et dénuement (de Alice Ferney)

Bonjour aux gitans
Bonjour aux gadjé(e)s
Bonjour aux zotres

Certains titres donnent une idée assez précise du thème du livre : la moustache, Passion simple ou Le crime de l'Orient express sont de ceux-là. D'autres sont plus énigmatiques et ne s'expliquent qu'au détour d'un paragraphe tels que Le Chameau sauvage ou L'adversaire.

Grâce et dénuement entre dans une troisième catégorie et ce titre si beau et poétique donne un aperçu assez juste de la qualité du texte et de l'ineffable sensibilité d'Alice Ferney.

Le sujet

Dans un terrain vague déserté de tous, une famille de gitans s'est sédentarisée, vivant en marge de la société et de ses règles. La mère Angéline règne sur le clan constitué de ses 5 fils, de ses 4 brus et de leurs enfants. Tous illustrés, ils tolèrent plus qu'ils n'acceptent les premières visites qu'Esther rend hebdomadairement aux enfants pour leur faire la lecture. Peu à peu, quelques liens se nouent entre elles et les femmes.

Mon avis

Un(e) lectrice passionnée ne peut être qu'intéressée par un livre consacré à la magie de la lecture et, de fait, j'avais quasiment les larmes aux yeux en découvrant le passage où Esther, lors de sa première visite, entame la lecture d'un Babar.

Ce livre aurait pu être un coup de coeur. Il s'en est fallu de peu. L'écriture de Ferney est superbe, sensible, intelligente, possédant ce sens du détail qui permet de saisir une situation dans son ensemble, qui en disant peu donne à comprendre beaucoup sans le moindre effet démonstratif. L'auteure aime visiblement ses personnages et les respecte. Aucune situation n'est caricaturale ou mièvre. La vie du camp est décrite de manière passionnante, les personnages féminins sont extraordinaires. Les chapitres se succèdent sans que l'attention ou l'intérêt ne retombent jamais. Le roman était donc paré de toutes les séductions mais j'aurais préféré qu'il cherche à me convaincre aussi parfois.

Si je suis vraiment conquise et ressors de ma lecture totalement charmée, il n'en reste pas moins vrai que lorsque je réfléchis en faisant abstraction de mes émotions, je trouve deux gros défauts au roman qui font que si Grâce et dénuement est incontestablement un très beau livre et un excellent moment de lecture, ce n'est pas un grand livre, de ceux qui en plus de nous plaire, de nous bouleverser ou de nous enthousiasmer nous changent en profondeur, nous marquent, nous donnent à réfléchir, nous habitent.

En premier lieu je reproche au roman un certain angélisme voire un manichéisme certain. C'est évidemment le droit le plus strict de l'auteure de prendre partie, d'adopter le point de vue des gitans mais alors qu'elle le fasse clairement, qu'elle assume totalement cette position. En fait, sous couvert d'une neutralité de façade sensée montrer les deux faces d'une même médaille, Ferney se montre souvent complaisante face aux manifestations de mépris des gitans envers les gadjés (mot signifiant à la fois "non gitan" et "putain" : tout est dit !) là où elle insiste volontiers sur celles des gadjés envers les gitans. Si la mysogynie des gitans est montrée de façon factuelle tout au long du livre, elle n'est jamais analysée, jamais remise en cause dans le livre, jamais soulevée. Il en va de même pour des sujets tels que la saleté, le vol, le travail. Si le roman livre de vagues éléments d'argumentation, c'est toujours une justification à sens unique qui ne trouve pas de contradiction dans les pages de Ferney... Par exemple, à un gitan qui explique qu'il ne travaille pas parce que les seuls travails auxquels il pourrait prétendre le déshonnoreraient Esther (ou l'auteure !) ne répond pas que, pourtant, ces travails, il y a des hommes et des femmes qui les accomplissent et qu'ils n'en sont pas moins respectables au contraire. Esther du début à la fin se contente des rôles de lectrices et de spectatrice et à aucun moment ne s'instaure un véritable dialogue, des tentatives d'explications, de débats, de meilleure compréhension.

Et j'en arrive naturellement au second bémol que j'adresse au roman. Esther lit des livres aux enfants et se battra pour leur permettre d'accéder à la scolarisation. Mais ça s'assête là. Pendant des mois et des mois, chaque mercredi, elle vient passer quelques heures à lire des livres. Un jour elle propose de faire une lessive chez elle, un autre elle emmêne une femme remplir un bidon d'eau mais son implication se limite à ça. Elle a peur que les enfants aient froid en les voyant débraillés pendant l'hiver et elle leur suggère d'aller chercher un pull et ils répondent qu'ils n'en possèdent pas. Comment une femme qui tisse soit disant des liens avec ces gens depuis des mois n'aurait pas eu l'idée de leur de vieux vêtements de ses propres fils ? Comment en tant que mère n'aurait-elle pas dépensé 50 euros dans une solderie pour quelques polaires ? Le seul cadeau qu'elle fait un jour à ces enfants qui ne savent pas jouer est un jeu de cartes.

Esther lit, Esther répond aux questions, Esther constate mais Esther reste constamment en retrait, Esther ne questionne pas, Esther ne remet pas en cause, Esther ne stimule pas l'imagination, le désir, les confidences. Esther ne cherche pas à donner aux enfants l'envie d'apprendre à lire. Esther se cantonne dans un rôle passif, un rôle de témoin toléré et les échanges restent finalement très superficiels, peu impliquants.

En définitive, je ne la comprends pas ou ce que je comprends d'elle me la rend étrangère. Je ne peux pas croire que l'initiative initiale d'Esther n'ait pas eu plus d'impact sur elle et engendré des conséquences imprévues, une implication supplémentaire, croissante au fil du temps et, à tort ou à raison, le sentiment d'une responsabilité envers ces enfants. L'engagement et l'attachement ne peuvent pas se limiter à un horaire établi aussi immuable que des séances chez un psy parce que l'humanité et les affects ne se programment pas ainsi.

Quelques liens

Calou donne un avis très sensible et positif où les mots "par réaction" résument fort bien le reproche que je fais au roman
Mondalire propose un résumé du livre, un extrait assez représentatif et quelques critiques issues de la presse
Le journal d'une lectrice évoque à quel point le dénuement est décrit avec grâce... C'est vrai.

Conclusion

Un très très très beau roman, vraiment, dont l'empreinte cependant s'efface avec grâce...

jeudi 24 février 2011

Dîner livres échanges (de mars 2011)

Bonjour aux habitué(e)s
Bonjour aux zotres

Le prochain DLE aura lieu le jeudi 3 mars au restaurant L'ADRESSE situé 42 rue Rochechouard dans le 9e. Rdv sur place à 20h00.
J'ai pu acquérir sur Lookingo des bons de réduction permettant de diminuer sensiblement l'addition dont je ferai profiter les personnes présentes. Infos sur le resto via le site
La fourchette

Plus d'infos sur le concept et liste des personnes inscrites sur le
blog consacré aux DLE.

mercredi 23 février 2011

Coup de pompe (de février 2011)

Bonjour aux provocatrices de la tête aux pieds
Bonjour à celles qui assument leur mauvais goût
Bonjour aux zotres

Quand j'ai vu cette chaussure signée Massimo Dogana j'ai juste pensé "vulgaire" et "gonflé" et "amusant 2 secondes"... Mais quand j'ai vu le prix
ici j'ai franchement éclaté de rire... et je me suis dit que c'était une provocation de plus de la part du créateur...

mardi 22 février 2011

Sexfriends (comédie romantique US)

Bonjour aux ami(e)s
Bonjour aux amant(e)s
Bonjour aux zotres

Les comédies romantiques US ne sont pas des films que je vais voir spontanément au cinéma. J'ai vu celle-ci en projection presse. Je suis entrée dans la salle avec une tonne de préjugés et, après l'avoir vu, je confirme que si vous n'allez au cinéma qu'une fois tous les 36 du mois, Sexfriends n'est pas une priorité absolue et je vous conseillerais plutôt Le discours d'un roi par exemple...

Cela étant posé, si vous allez au cinéma souvent, la donne est différente. Je me suis surprise moi-même à bien aimer ce film, à sourire du début à la fin et à marcher (non, pas uniquement pour le bel Ashton Kutcher qui devrait faire un petit régime !) au point qu'à la sortie j'ai ressenti le besoin de demander à d'autres personnes présentes si elles avaient aimé ou non. Dans l'ensemble, pas du tout (pour des raisons qui m'ont fait un peu halluciner tout de même vu que nous savions que nous n'étions pas face à un film Art et essai) mais cela ne change rien au fait que moi,
ben oui, j'ai aimé...

Le sujet

Emma et Adam se connaissent vaguement et se sont croisés brièvement à diverses reprises au cours de leur adolescence. Quand ils retombent l'un sur l'autre au propre comme au figuré, Adam vient de recevoir un choc plutôt humiliant et Emma est une interne en médecine surbookée et littéralement paniquée à l'idée de s'engager. Ces deux là étaient donc fait pour coucher ensemble et rien de plus même si affinités.

Mon avis

L'affiche prévient "Entre "Sex Friends", il faut respecter quelques règles de base : Ne jamais s’offrir de cadeaux. Ne pas dîner en tête à tête. Accepter la concurrence. Oublier le mot "chéri(e)". Toujours partir avant le petit-déjeuner. Et surtout, ne jamais tomber amoureux ! Est-ce bien clair pour Emma et Adam ?

Il est clair que sans le dernier avertissement, il n'y aurait pas de film car ce n'est évidemment pas déflorer le sujet ou bousiller un suspens haletant que de dire qu'évidemment l'amour va compliquer la donne si parfaitement simple en théorie... Quant aux 5 autres règles, je ne suis d'accord qu'avec la 3e : la sexfrienditude fonctionne s'il n'y a pas exclusivité, je dirais même que ça ne fonctionne QUE sous cette condition. En fait, il y en a 2 autres que ne suggère pas le nom que les anglo-saxons ont donné au concept :
- la première est de ne surtout pas choisir un/des ami(s) comme sex friends car on est nettement plus sûr(e) de gâcher une amitié que de trouver un(e) bon(ne) amant(e) !
- la seconde est de ne pas imaginer que ça peut durer éternellement (même si ça peut tenir un moment). Mais qu'est-ce qui dure en ce bas monde de nos jours, hein ?

Pour le reste, les règles mentionnées sur l'affiche sont bidons : s'il suffisait d'offrir des cadeaux ou de dîner avec quelqu'un(e) pour tomber amoureux/se ça se saurait. Elles sont même contreproductives dans la mesure ou la sexfrienditude a besoin d'un minimum d'entretien autre que physique, de plus de quelques heures sous une couette. Elle se nourrit de complicité, de partage. C'est finalement quelque chose de très affectif.

En fait, je connais bien le sujet. La pratique du "sexfriendship" fut pendant quelques années une sorte d'art de vivre des plus agréables, à la fois hédoniste et pragmatique, empreint de légèreté (équilibrante), de plaisirs divers, de (bonnes) surprises variées, de découvertes sensuelles et, accessoirement, de (beaux) souvenirs pour mes vieux jours (mais pas forcément à raconter à mes petits enfants !!!).

C'est sans doute pour ça que le sujet du film m'intéressait à la base : je voulais voir comment il était traité, je voulais non pas m'identifier à Natalie Portman (la pauvre ne m'arrive évidemment pas à la cheville) mais reconnaître certains traits de caractère, sourire à certaines situations vaguement vécues.

Hélas, aucun homme ne m'a jamais offert un bouquet de carottes. mais est-il trop tard ?

Le film ne va pas si loin et n'a pas spécialement vocation à dresser une analyse sociologique du phénomène mais bel et bien à dérouler la mécanique de toute comédie romantique US qui se respecte : 2 êtres qui se désirent, s'attirent puis s'aiment et vont forcément finir ensemble alors qu'on croyait (mon oeil) que tout était perdu... Tous les ingrédiens sont là : les amis un peu lourds qui donnent de mauvais conseils, la soeur épanouie qui donne de bons conseils, le rival cynique, l'autre fille éperduement amoureuse, la musique sirupeuse, la rupture fatale, les quiproquos, la jalousie et... ZE happy end ! Ahhh !

Il n'en reste pas moins que si j'ai détesté certaines scènes louchant vers le graveleux et qui m'ont rapellé certains dialogues de la série Californication (où faute de scénario on fait du Jean-Marie Bigard lourdingue), j'ai bien aimé ce film pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi, je crois parce que s'il respecte les codes du genre, il en casse au moins 2 :
- à la base les héros ne cherchent pas l'amour, ils cherchent même à l'écarter de leurs pensées voire à le fuir,
- c'est bien Emma et non Adam qui dirige la relation et en impose les règles. C'est elle le moteur de l'histoire et le leader de l'action. Girl Power ! Yeahhh !

Côté casting, le couple fonctionne. Ashton Kutcher est sympa, délicieusement souriant et mal coiffé et Natalie Portman donne beaucoup de peps à son personnage.

Quelques liens

Allociné pour plus d'infos
Une interview du sociologue Jean Paul Kauffman sur le concept

Conclusion

J'ai passé un très bon moment de détente souriante. Une comédie romantique plutôt dans la moyenne haute du genre et abordée sous un angle moins romantico-édulcoré que d'habitude.

lundi 21 février 2011

Les finalistes français (du prix Quoide9 2010)

Bonjour à Philippe, Emmanuel, Jean-Paul et Fabrice
Bonjour aux zotres

Les 3 finalistes du prix Qd9 2010 ont un point commun avec les 3 mousquetaires : ils sont 4 !

Les zheureux zélus sont :
6 voix - Une vie Française - Jean-Paul Dubois
3 voix - L'origine de la violence - Fabrice Humbert
3 voix - D'autres vies que la mienne - Emmanuel Carrère
3 voix - Plage de Manacora, 16h30 - Philippe Jaenada

Le fait que 13 romans soient en lice a entraîné une grande dispersion des votes... Seul le roman de Dubois a reçu un nombre massif de voix (6 sur 9) et les 3 zotres ont reçus 3 voix chacun.

J'aurais pu, comme l'an passé, décider de refaire un tour de scrutin pour désigner 2 romans parmi les 3 ex-aequo mais je ne l'ai pas fait pour plusieurs raisons :
- d'abord parce que Jaenada avait 2 romans en lice ce qui est pour le moins un signe d'enthousiasme populaire et j'aurais trouvé injuste qu'il risque l'élimination malgré tout (on notera que, comme je m'y attendais, aucun jury n'a voté pour les 2 livres de l'auteur,
- ensuite, je l'avoue j'ai été tenté de modifier mon vote initial en faveur de Une vie française qui n'en avait pas besoin et de le reporter sur Plage de Manacora 16h30 ce qui aurait d'emblée qualifié Jaenada comme finaliste mais Humbert et Carrère seraient restés ex-aequo et la question d'un 2e tour serait restée entière et tout aussi injuste,
- aussi parce que ça aurait encore nécessité un mailing à mon jury chéri puis des relances pour les moins disciplinés, des calculs, des tableaux, des trucs et des machins fatigants,
- enfin parce que c'est après tout "mon" prix, que chacun(e) sait que j'ai des velléités dictatoriales voire des prédispositions mais trop peu d'occasions de les montrer...

Détail des votes

Alix
Jaenada - Plage de Manacora
Humbert - L’origine de la violence
Gaudé - La porte des enfers

Anne-Sophie
L’origine de la violence - Fabrice Humbert
Une vie française - Jean-Paul Dubois
D'autres vies que la mienne - Emmanuel Carrère

Cynthia
Jaenada - Plage de Manacora
Benacquista - Quelqu'un d'autre
3) Beigbeder

Sophie
Carrère - D'autres vies que la mienne
Lesbre - Sur le sable
Dubois - Une vie française

Cécile
Emmanuel Carrère d'autres vies que la mienne
Jean-Paul Dubois - Une vie française
Philippe Jaenada - Le chameau sauvage

Olivier
Jean-Paul Dubois - Une vie française
Jaenada - Plage de Manacora
Fabrice Humbert - L’origine de la violence

Christophe
Une vie française - Dubois
Sur le sable - Lesbre
Le chameau sauvage - Jaenada

Thierry
Un roman français - Frédéric Beigbeder
Quelqu'un d'autre - Tonino Benacquista
Une vie française - Jean-Paul Dubois - Christophe

Daniel
François Martini, Le Temps
Michka Assayas, Solo
Marguerite Duras, La Maladie de la mort

samedi 19 février 2011

A vos recettes (avec Gilles Grasteau)

Bonjour Gilles
Bon appétît les zotres


Gilles Grasteau est le chef du restaurant le Fist de l'hôtel Westin à Paris. Il a travaillé chez Dalloyau et pour une kyrielle de grands restaurants parisiens... mais quand il avait 16 ans, il était apprenti chez mes parents.

jeudi 17 février 2011

Les anges cannibales (de Jean-Claude Derey)

Bonjour aux enfants soldats
Bonjour aux anges
Bon appétît aux cannibales
Bonjour aux zotres

En 2009, j'ai dévoré Johnny Chien méchant d'Emmanuel Dongola et j'ai adoré ce livre au point de l'intégrer à ma sélection pour le prix Qd9 2010. mon choix a apparemment plus aux zotres juré(e)s puisque ce roman figure parmi les 3 finalistes.

Début 2010, une péripétie blogosphérique déjà maintes fois évoquée ici et ailleurs, m'a fait découvrir le formidable Papoua de Jean-Claude Derey que Cynthia m'a offert.

Cette rencontre littéraire m'a donné envie de contacter l'auteur et, suite à nos échanges, ce dernier m'a fait parvenir deux de ses romans dont un exemplaire du sublime Les anges cannibales dont le thème est similaire à celui du roman de Dongola. J'ai adoré ce livre et je peux d'ores et déjà vous annoncer qu'il fera partie de ma sélection pour le prix Qd9 2011.

Le sujet

Yondo avait tout pour être un petit garçon ordinaire voire heureux si ce n'est l'endroit et le moment où il est né : en Sierra Leone en pleine guerre civile. Un soir, ses parents sont sommairement exécutés devant ses yeux. Son petit frère et sa grande soeur enlevés. Il se retrouve seul et va se débattre pour survivre malgré tout et son implaccable descente aux enfers le conduira à devenir un enfant soldat avec tout ce que ce statut implique de violence, de drogue, de meurtres, de viols, de sauvagerie, de stupidité, de désespoir et... de précarité.

Mon avis

Quel choc que ce livre !
Forcément, la comparaison avec Johnny Chien Méchant s'est d'emblée imposée à moi et j'ai retrouvé moult informations concordantes, anecdotiques ou terribles, sur les conditions de recrutement des enfants soldats, les mains coupées, les viols, la drogue omniprésente, la magie, les surnoms, l'aide internationale, les bribes d'enfance survivantes malgré tout, etc.

J'étais donc, si j'ose dire, en pays (inhospitalier) de connaissance, en terrain (miné) familier mais à aucun moment je n'ai trouvé ce 2e voyage (au bout de l'enfer) redondant, répétitif. J'y ai même, c'est certain, éprouvé plus de plaisir sur le fond et sur la forme.

Sur le fond
Jean-Claude Derey a l'air et la manière de construire ses récits et de creuser ses sujets. Le roman adopte le point de vue de Youndo que l'on suit pas à pas sur le chemin de son calvaire enfantin. Il est en quelque sorte le Candide projeté dans l'univers cauchemardesque de la guerre, à la fois témoin et acteur, survivant tantôt par la seule force de sa volonté, tantôt par pur hasard, simple concours de circonstances.

Sur la forme
L'écriture de Derey est magnifique, forte, engagée. Parce que l'auteur mord dans les mots sans complaisance, parce qu'il y a dans sa plume autant de noirceur que de trucculence, de poésie que de froideur analytique, parce que sa palette est riche et équilibrée et que la beauté de sa langue donne plus de force encore à la gravité du propos.

Le titre
Le titre, Les anges cannibales, résume ce que je viens d'écrire. C'est un très bel oxymore, plutôt poétique qui résume formidablement le contenu du livre et une des problématiques qu'il aborde : Peut-on à la fois être victime et bourreau ? Quand cesse-t-on d'être l'une pour n'être plus que l'autre ? L'innoncence de l'enfance n'est-elle pas le meilleur terreau de la violence extrême ?

D'autres avis

J'ai prêté ce roman 2 fois. Anne-Sophie l'a beaucoup aimé aussi je pense mais elle n'a pas de blog pour le dire ce qui n'est pas le cas de Mister Gangoueus dont j'étais certaine que le sujet l'intéresserait et qui, lui aussi, a été sensible à la très belle écriture de Derey.

Conclusion

Sans la moindre hésitation un de mes 3 roman français préférés en 2010. Un grand merci à Jean-Claude Derey de s'intéresser autant à l'Afrique, de me donner envie de mieux la comprendre (dans les limites où j'en suis capable) et surtout, d'écrire si bien !

mercredi 16 février 2011

Exponaute (et Tony Cragg au Louvre)

Bonjour aux expovores
Bonjour aux expophages
Bonjour aux zotres

Une personne travaillant pour le site m'a envoyé un mail m'annonçant la création du site Exponaute. Je trouve le concept excellent et je relaie donc l'info avec grand plaisir. le site manque cependant encore un peu d'ergonomie et de contenu car la recherche que j'y ai effectuée n'a pas abouti.

Cela me donne en outre l'occasion de vous raconter une anecdote artistique sans intérêt sinon pour moi et qui prouve que j'ai des plaisirs simples (parfois).

Lors de la Fiac 2006, j'avais découvert de curieuses sculptures sous la verrière du Grand Palais. Elles m'avaient plu au delà des mots pour leur poésie et leur caractère indéniablement photogénique. A l'époque, je ne possédais pas encore de numérique m'a j'avais déjà la photo facile et je dégainais mon portable sans hésitation ni retenue.

Hélas, ma batterie était à plat et je n'ai pu prendre que 3 clichés de ces oeuvres. J'aurais pourtant aimé les prendre sous tous les angles et les courbes, en appréhender tous les reliefs, en admirer la sensualité ludique, jouer avec eux, en saisir les détails.

Comble de malchance, j'ai assez vite perdu le flyer présentant l'oeuvre de cet artiste que je ne connaissais pas et faute d'avoir noté son nom, il me fut impossible de faire la moindre recherche sur le net pour en savoir plus sur ce que j'avais vu et aimé. Peu de temps après, j'ai choisi la photo ci-dessous comme identité visuelle du groupe Yahoo Quoide9 (l'ancêtre de ce blog). Elle l'est restée depuis.

Avant hier dans le métro, je suis tombée en arrêt devant une affiche dans le métro, devant un mouvement rouge sur fond blanc, une sculpture élancée et immédiatemen identifiable. Son auteur s'appelle Tony Cragg dont quelques oeuvres sont actuellement présentes au Louvre parallèlement à l'exposition . C'est bête à dire, mais il est vrai que je suis restée en arrêt devant l'affiche, le regard fasciné et le sourire aux lèvres et le regard. Je crois bien que, plus que du plaisir, ce que j'ai ressenti alors peut s'apparenter à un petit moment de bonheur.

Bien sûr, j'irai au Louvre. Accessoirement, j'irai aussi au Musée Rodin voir l'expo Henry Moore dont la superbe sculpture de tête devant l'église Saint Eustache est associée à une autre anecdote qui, elle, n'est absolument pas racontable ici (et qui, elle, concerne plus le plaisir que le bonheur).

mardi 15 février 2011

L'adversaire (d'Emmanuel Carrère)

Bonjour à celles et ceux que les faits divers fascinent
Bonjour à celles et ceux qu'ils inquiètent
Bonjour aux zotres

Avant d'amorcer la rédaction de ce message, je savais que le préambule serait long et détaillé. J'en avais déjà la trame chronologique dans la tête mais je n'imaginais pas une seule seconde que je me heurterais à une complication avant même de le rédiger.

Le contexte

Pour la première fois depuis que j'ai créé ce blog, il m'a été difficile de formuler mon traditionnel bonjour introductif. Parfois je manque d'inspiration mais jamais jusqu'ici je n'avais éprouvé de gêne pour écrire le premier truc (inspiré ou non) qui me passait par la tête. Cette fois j'ai biaisé et je n'ai écrit que le second truc qui m'est passé par la tête. C'est dire si trouve délicat d'évoquer ce livre.

En fait, je ne voulais pas le lire. Lors de sa sortie, je me souviens de la polémique autour de la démarche d'Emmanuel Carrère et de l'intérêt de raconter cette histoire à la fois fascinante et sordide, dramatique et incroyable. N'étant fan ni des scandales ni des faits divers, j'en avais vite conclu que ce bouquin n'était pas pour moi et, après avoir lu et adoré D'autres vies que la mienne, après avoir lu et diversement apprécié La Moustache, je m'en tenais à ma première position. Oui, je lirais d'autres Carrère mais pas celui-là. Et pourtant, je l'ai chez moi depuis des mois, en évidence sur une étagère juste à côté de La classe de neige (que j'attendrai avant de lire).

Lorsque j'ai eu une discussion avec une collègue à propos de cet auteur et qu'elle m'a dit qu'elle n'avait rien lu de lui mais était très tenté de découvrir L'adversaire, j'ai proposé de lui prêter. Miraculeusement, j'y ai pensé (non sans fierté !) un matin de la semaine dernière et je l'ai fourré dans mon sac pour lui apporter.

Acte manqué ou pas, allez savoir, toujours est-il que ce même matin, j'ai étrangement oublié chez moi Grâce et dénuement le superbe roman d'Alice Ferney et je me suis donc retrouvée dans le bus sans rien à lire sinon mon agenda, quelques texto (et, précision pour Liliba, quelques sexto aussi) et... L'adversaire. Je l'ai donc ouvert et je ne l'ai plus lâché.

Le sujet

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand assassine sa femme, ses deux enfants, ses parents avant de prendre des cachets et de mettre le feu à sa maison. Il vivra.
Pendant 18 ans, cet homme secret, un peu transparent, avait réussi à faire croire à tout son entourage qu'il possédait un diplôme de médecine et était chercheur à l'OMS en Suisse. En fait, il n'était rien de tout ça, passait ses journées dans sa voiture et vivait en escroquant les membres de sa famille à qui il avait laissé miroiter des placements mirobolants.

Mon avis

Mon refus de lire ce livre tient moins à l'aspect éminemment glauque du fait divers qu'à la double gêne et aux questions que provoquaient en moi, l'idée même d'en faire le récit d'une part et de le lire d'autre part.

Sans vouloir rentrer dans une auto-analyse de bazar et hautement impudique, je pense qu'il y a du Romand en moi (comme en chacun(e) cela dit) et si la plupart des aspects de sa personnalité en font à mes yeux un être abject, méprisable, en tous points inexcusable, révoltant (etc.), incommensurablement lâche (mot qui apparaît pour la première fois dans les toutes dernières pages du livre). Il n'en reste pas moins qu'il y a une part de lui que je comprends. Si je sais (heureusement !) que ma personnalités est par bien des aspects aux antipodes de ce qui a poussé Romand à tuer les siens, je comprends en revanche fort bien certains traits de son caractère qui ont conduit au drame ou tout au moins ont rendu les circonstances qui ont conduit au drame possibles.

Il y a un mot que je n'ai jamais trouvé dans les quelques 200 pages de Carrère, c'est l'adjectif velléitaire. Il me semble pourtant évident, dès les premières pages du roman que c'est en raison d'un cocktail explosif de peur (panique) de décevoir, de refus du conflit (de terreur face au conflit ?), de tendance dépressive et de velléitarisme profond (voire d'aboulie) que Romand a mis le doigt dans l'engrenage sans jamais avoir assez de volonté et d'énergie pour l'en retirer.

C'est à mes yeux un phénomène passionnant voire fascinant et le facteur déclenchant, le point de départ de tous les mensonges ultérieurs et le fait que Romand ait préféré s'y engluer plutôt que de s'en extirper est un aspect du récit nettement plus intéressant que sa fatale conclusion. En l'occurence, il s'agit d'un "non acte". Comment appeler ça autrement ? même pas une décision de ne pas faire, juste le fait de laisser filer le temps, d'attendre qu'il soit trop tard pour faire en étant incapable de décider autre chose, une sorte de tétanie mentale, l'amorçage d'une bombe à retardement induisant un suicide très lent et passif... Pendant le procès, l'accusé a tenté de justifier et de rationnaliser ce point de départ par une nouvelle avalanche de mensonges aussi absurdes qu'insultants pour ses victimes. Pourquoi n'a-t-il pas voulu dire qu'à un moment (plusieurs en fait), il a été comme un lapin devant les phares d'une voiture : incapable de bouger.

Cette dimension psychologique et analytique des causes m'a fascinée et le fait de savoir avant même de lire le livre qu'elle me fascinerait est une des raisons pour lesquelles je ne voulais pas l'ouvrir. La personnalité de Romand en revanche est loin de me fasciner. Je crois que le sentiment qui a dominé pendant toute ma lecture est le mépris le plus total, sans la moindre once de début de commencement de compassion, un jugement définitif fondé sur la profonde conviction de l'absolue lâcheté et fausseté de l'homme. Sur celle tout aussi évidente à mes yeux qu'il n'a jamais voulu se suicider quoiqu'il en dise (et peut-être quoiqu'il en pense lui-même), qu'il n'éprouve pas le repentir et la foi qu'il prétend ressentir, que tous ces actes et paroles sont calculés, déplacés, indécents.

Si Emmanuel Carrère, parfois, peut suggérer ou évoquer certains de ces points même autant d'interrogations, de mystères, il évoque aussi leur contraire, la possibilité d'une forme de sincérité, de repentir, de douleur éprouvé pour ce qu'il a fait plus que pour ce qui lui est arrivé...

Et j'en arrive (enfin !) au 2e aspect de la double gêne que j'évoquais plus haut : je ne perçois toujours pas le point de vue de l'auteur. Son avis oui, plus ou moins (même si ce n'est pas l'objet du livre...) mais le point de vue qu'il a souhaité adopter dans son livre, non. Et c'est là un énorme paradoxe voire un tour de force de l'auteur car, si c'est un aspect qui m'a vraiment posé un problème d'un point de vue intellectuel et même moral dans le cas précis (là encore avant même d'ouvrir le livre), d'un autre côté, je crois qu'il était quasi impossible de faire autrement, de raconter autrement cette histoire.

L'auteur lui-même c'est heurté pendant plusieurs années à cet écueil au point d'avoir interrompu la rédaction de son livre avant de le reprendre. Il utilise en permanence un procédé assez similaire à celui repris ensuite dans D'autres vies que la mienne : faute de point de vue, il contextualise son récit, il ponctue la narration en la jalonnant de références à sa propre existence, à ses propres actes ou pensées. En écrivant ce qui précède, je m'aperçois que je n'ai pas fait autre chose en rédigeant cette critique.

Quant à l'inévitable "comment est-ce possible ?", oui, forcément, tout le monde s'est posé la question et là, autre malaise... Qui a pensé que j'évoquais la série de meurtres et non les 18 années de mensonge total ? Au final, c'est sûrement ça le plus stupéfiant dans cette histoire car pour aboutir à un carnage, la folie d'un homme suffit. Pour mentir sa vie à ce point, il faut en revanche la crédulité, la passivité de tout un entourage familial qui n'a jamais appelé au bureau, n'a jamais mis le nez dans un relevé de compte, n'a jamais posé une question ou jamais écouté une réponse ? Cette dimension de l'existence de Romand oscille entre comique et pathétique et finalement c'est moins les mensonges eux-même qui laissent incrédules que le fait qu'autant de gens les aient gobés pendant si longtemps. Et là encore l'auteur fait l'impasse sur un mot : "communication" pourtant essentiel à l'analyse qu'il fait cette réalité aux conséquences dramatiques. De quoi parlait ce couple ? Quelles oeillères avaient ses parents ? Quel aveuglement collectif à mené 5 personnes à la mort.

La fascination étonnée que l'on peut éprouver pour certains aspects de l'affaire Romand est de même nature que celle que l'on ressent en songeant aux époux Courgeau et là encore, la stupeur réside moins dans le comportement hallucinant d'une mère que dans le fait qu'un mari, une famille, des amis ne voient rien.

Au final, je ne peux adresser qu'un reproche à l'auteur, reproche qu'il s'est d'ailleurs adressé à lui-même (pour empêcher, éventuellement d'autres de le faire ensuite ? ça ne marche pas, la preuve...). Volontairement ou non, Emmanuel Carrère fait de Romand le héros qu'il a toujours fantasmé d'être. L'histoire que l'auteur raconte devient "son" histoire et pas celle de ses victimes reléguées au rôle de personnages secondaires et n'ayant, par définition, pas la parole. Alors pourquoi la donner au meurtrier ? Pourquoi publier ses lettres ? Pourquoi le mettre en lumière et ne pas recueillir les témoignages des parents, des frères et soeurs des victimes comme il a complaisamment recueilli le sien ? Comme il l'a rencontré en prison (une seule fois certes).

Peut-être a-t-il esssayé ? Peut-être n'ont-ils pas souhaiter le rencontrer ? Mais alors il aurait fallu le dire, leur accorder ce droit au silence plutôt que leur imposer.

Conclusion

Un livre dérangeant certes mais aussi bluffant, intelligent, brillant, parfaitement maîtrisé (mais parfois un peu moins de maîtrise est plus humain). Un livre sur le fil du rasoir dont l'auteur se sort formidablement bien. Mais je ne peux que répéter mes deux questions :
Pourquoi l'a-t-il écrit et pourquoi le lit-on ?

Adaptation cinématographique de Nicole Garcia avec Daniel Auteuil et Géraldine Pailhas. Pas vu. Pas du tout envie.