Bonjour à celles et ceux qui sentent bon
Bonjour aux zotres
Tous les mardi je déclinerai l'alphabet :
- une fois sur deux ce sera pour vous parler d'un auteur (mardi dernier c'était A comme assommante
Angot),
- une fois sur deux ce sera pour évoquer un objet qui me caractérise, qui fait partie de mon univers. Aujourd'hui c'est un flacon d'
Armani pour femme.

J'ai porté ce parfum dès sa date de création au début des années 80 (j'étais au lycée). Il me collait à la peau, il faisait vraiment partie de moi-même, comme un trait de ma personnalité ou mon prénom (que j'adore). C'était un parfum fleuri très équilibré et subtil, composé de plus de 80 essences naturelles... sans doute une des raisons de sa mort en ces heures mercantiles : il était complexe et cher à produire.
Bien sûr je lui ai fait quelques infidélités olfactives avec Ivoire de Balmain (excellent mais ne tenait pas du tout sur moi), Fidji de Lancôme (excellent mais... virait sur moi), Parfum d'Hermès (trop femme), Tocade de Rochas (écoeurant, trop vanillé), le premier Gauthier (trop typé), Miss Dior (bof), Calèche d'Hermès (mouais), Arpège de Lanvin (oui mais), etc.
Ces écarts de flacons ne m'apportaient pas vraiment l'ivresse et je ne pouvais passer très longtemps sans revenir à mon précieux Armani et, en cas d'urgence, j'en avais toujours un échantillon sur moi.
Lorsque sa production a été arrêtée autour de l'an 2000 j'ai fait le tour des parfumeries qui croisaient mes semelles pour me constituer un stock, déjà paniquée à l'idée du jour où il serait épuisé. Les deux derniers flacons que j'ai trouvés des mois plus tard à Roissy sont vides depuis longtemps. Enfin, pas tout à fait. J'ai gardé un centimètre du précieux liquide au fond d'un vaporisateur. La couleur s'est assombrie, le parfum s'est dénaturé depuis longtemps mais on devine encore l'ombre de ce qu'il fut.
J'ai ressenti cette perte comme un des nombreux renoncements (voire comme un deuil) que l'on connaît à l'âge adulte. Renoncer à ses rêves, à ses ambitions, à ses amours est une chose, renoncer à son odeur en est une autre de nature très différente et sans doute moins "dramatique" mais la tristesse fut bien réelle. C'était un peu de moi, de qui j'étais vraiment, qui disparaissait avec les dernières effluves de mon parfum.

Je n'ai pas trouvé de parfum capable de rivaliser avec Armani. Après moult visites et essais chez Sephora, j'ai d'ailleurs renoncé à l'idée de lui trouver un remplaçant. Si je me parfume toujours quotidiennement ou presque, je ne ressens plus l'alchimie évidente que j'éprouvais en vaporisant Armani sur mes cheveux et ma peau.
Désormais, je parfume surtout mes vêtements et si j'adore First de Van Cleef et Arpeels, Cinéma d'Y.S.L. ou Armani Code, ce n'est pas vraiment la même chose... Comme aimer les enfants n'est pas du tout comparable au fait d'aimer ses enfants.
P.S. : si quelqu'un(e) a un factice d'Armani pour femme à me vendre, je suis preneuse.